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Vidéo transcription

Roger D'Astous

Roger D’Astous est un des plus importants architectes canadiens du 20e siècle. Élève de Frank Lloyd Wright, il oeuvra toute sa vie à fonder une architecture nordique. Cet artiste rebelle et flamboyant fut une superstar des sixties, puis tomba en disgrâce avant de renaître au crépuscule du siècle. Auteur de deux symboles montréalais, l’hôtel Château Champlain et le Village olympique pour les Jeux de 1976, ses résidences sont des oeuvres d’arts sensuelles et ses églises d’étranges vaisseaux spatiaux.



Réalisateur: Etienne Desrosiers
Année de production: 2016

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Une église en béton est présentée sous différents angles. Son toit est plat et couvert de bardeaux, avec une structure triangulaire qui en dépasse à l'avant.


Texte narratif :
Église [langue_etrangere=EN]Christ Memorial Lutheran[/langue_etrangere

Montréal 1965]


À l'intérieur de l'église, une jeune femme joue du piano, puis un choeur de jeunes gens asiatiques chante [mot_etranger=EN]Amazing Grace[/mot_etranger] en mandarin.


MICHEL CATRICE, le chef d'atelier de ROGER D'ASTOUS, regarde Montréal par la fenêtre d'une pièce en hauteur dans le Château Champlain. À proximité se trouvent la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde et l'édifice [mot_etranger=EN]Sun Life[/mot_etranger], d'autres grandes tours du centre-ville sont visibles en arrière.


Assis dans la pièce avec la vue en arrière de lui, MICHEL CATRICE témoigne.


MICHEL CATRICE

Deux de ses femmes

m'ont dit la même chose :

«Mon mari a une maîtresse.

C'est l'architecture.»


Dans une pièce avec des œuvres d'art contemporaines, l'architecte HENRI BRILLON témoigne.


HENRI BRILLON

On sentait qu'il ferait pas

de compromis pour ses projets.

Il allait les défendre

envers et contre tous.

L'architecture, pour

lui, c'était sacré.


Debout sur une vaste terrasse, l'historienne FRANCE VANLAETHEM regarde des montagnes boisées autour.


Assise dans un fauteuil sur la terrasse, FRANCE VANLAETHEM témoigne.


FRANCE VANLAETHEM

Sa conception de

l'architecture n'était pas

uniquement une question

de pratique professionnelle

c'était véritablement,

je dirais, un mode de vie.

Il égale Ernest Cormier qui

est l'autre grand architecte

de vingtième siècle au Québec.

Pour moi, c'est ça.


Titre :
Roger D'Astous


Une vidéo d'archives de ROGER D'ASTOUS est présentée.


FRANCINE GRIMALDI (Narratrice)

De la personnalité, du coffre.

Il avait une présence.

Il avait un charisme.

Il avait un regard, un charme

qu'il savait utiliser aussi.


Assise à une table sur une terrasse débordant de plantes, la journaliste FRANCINE GRIMALDI témoigne.


FRANCINE GRIMALDI

Puis une autorité. On sentait

une autorité. On sentait

la force chez lui. Tout ça

transparaissait dans sa

personnalité. Puis il était bon

vendeur. Il aimait ça exprimer.


Un extrait d'un court-métrage «En avant Canada», film de propagande de la Seconde Guerre mondiale, est présenté. Des soldats tirent avec des canons, des bateaux approchent d'une plage et des avions volent au-dessus de la campagne.


Une photo de classe en noir et blanc avec des jeunes hommes en costume cravate est ensuite présentée. Le visage de ROGER D'ASTOUS y est entouré au feutre.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Durant mes études primaires

et secondaires, il y avait

une chose qui m'intéressait,

qui me passionnait

énormément, c'était l'aviation.


En séquence vidéo d'archives, des hommes travaillent sur des avions militaires dans un grand hangar.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Durand l'été, j'avais pris

des emplois, c'était durant

la guerre, aux avionneries

Nordin à Cartierville.


En séquence vidéo d'archives, des avions de chasse décollent sur une piste.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Ça me donnait évidemment

la chance de travailler avec

des ingénieurs en aéronautique

dans les départements de dessin.

Et puis de tricher un peu.

On descendait sur la piste. On

se faisait amis avec les pilotes

d'essai. Et de temps à autre, on

pouvait monter avec eux. Ha, ha!


Une photo d'archives du jeune ROGER D'ASTOUS est présentée.


JOURNALISTE (Narrateur)

Mais c'était pas le côté pilote

qui vous intéressait. Vous aviez

pas envie de piloter. Vous aviez

envie de dessiner des avions.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Oh, les deux étaient... Les deux

sont très reliés ensemble.


Une image du Collège Mont-Saint-Louis à Montréal est présentée, suivie d'une photo d'archives de jeunes hommes utilisant des microscopes dans une salle de classe.


Une séquence vidéo d'archives de l'urbaniste GUY R. LEGAULT jeune est présentée.


GUY R. LEGAULT, maintenant plus âgé, témoigne dans un salon.


GUY R. LEGAULT

Au Mont-Saint-Louis,

on donnait, à l'époque,

un cours scientifique qui

se distinguait de l'équivalent

des collèges classiques

où on enseignait les humanités.

Au collège du Mont-Saint-Louis,

l'accent était donné

sur les sciences.


Des séquences vidéo d'archives montrent des essais de bombe nucléaire en mer, avec des bateaux autour.


GUY R. LEGAULT

Ceci apparaissait très à point

à l'après-guerre où les sciences

ont pris une part considérable

de l'activité humaine.

La formation qu'on a eue

au Mont-Saint-Louis nous

préparait peut-être un peu

mieux à cette révolution.


En séquence vidéo d'archives, dans un grand amphithéâtre, un professeur donne un cours.


Dans un salon, l'historien YVES DESCHAMPS témoigne.


YVES DESCHAMPS

L'enseignement de l'architecture

à Montréal, ça avait été

l'École des Beaux-arts.

C'était un peu comme

une coquille vide dans le fond.

Tout le monde savait très bien

en partant qu'on ferait

jamais des choses comme ça.


Une séquence vidéo d'archives de ROGER D'ASTOUS parlant avec un JOURNALISTE est présentée.


ROGER D'ASTOUS

Il y avait eu de

la contestation à ce

moment-là. Je me rappelle...


VOIX DU JOURNALISTE

En quelle année c'était?


ROGER D'ASTOUS

Euh... 1950, 1951 et 1952.


Des dessins de l'extérieur de châteaux sont présentés.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

On faisait des dessins qui avaient

l'air de sortir des tiroirs de

l'École des Beaux-arts en 1850.

Et puis à côté de ça, on savait

très bien qu'on construirait

jamais des choses comme ça.

Qu'il fallait apprendre

à construire avec de l'acier,

du béton, etc.


La séquence vidéo avec ROGER D'ASTOUS reprend.


ROGER D'ASTOUS

Il y avait eu une grève

d'élèves qui avait impliqué

la suspension de plusieurs

professeurs et même du

doyen de l'architecture.


YVES DESCHAMPS poursuit son témoignage.


YVES DESCHAMPS

Le problème, c'était

que, bon, bien, justement,

on était un peu démunis

aujourd'hui niveau des formes.


La séquence vidéo avec ROGER D'ASTOUS reprend.


VOIX DU JOURNALISTE

Alors, vous avez fait des études

un peu turbulentes, là,

si je vous comprends bien.


ROGER D'ASTOUS

Assez turbulentes, oui.


Une photo en noir et blanc d'une jeune femme en maillot de bain étendue sur un rocher est présentée, suivie d'une photo d'une autre jeune femme en maillot de bain sur une plage. Des séquences vidéo d'archives de personnes faisant du ski nautique sont ensuite présentées, puis dans une autre séquence vidéo, des gens approchent d'un ponton avec une barque.


Le fils de ROGER D'ASTOUS, STÉPHANE D'ASTOUS, témoigne dans un salon.


STÉPHANE D'ASTOUS

Ils étaient des jeunes

adultes dans la vingtaine.

C'était à La Malbaie.

Ils avaient leur chalet d'été.

Et puis ils se sont croisés

au village. Et je pense que

ça a été le coup de foudre.


Assise sur un canapé dans un salon, BERNADETTE BRAULT, propriétaire d'une maison construite par ROGER D'ASTOUS, rit puis raconte.


BERNADETTE BRAULT

Elle était Grecque.

Elle était toute petite

et elle s'appelait Anastasie.


Une photo des jeunes ROGER D'ASTOUS et ANASTASIA PAPADATOS se souriant assis au pied d'un sapin de Noël est présentée.


CHRISTIAN D'ASTOUS, le fils de ROGER D'ASTOUS et d'ANASTASIA, témoigne.


CHRISTIAN D'ASTOUS

Elle est née ici au Canada.

Son surnom, c'était Nancy.

On l'appelait aussi Beban.


Des photos de ROGER D'ASTOUS et d'ANASTASIA le jour de leur mariage sont présentées.


NARRATEUR

(Lisant)

«Taliesin Est, été 1952.

Chers parents,

nous avons volé au-dessus

des nuages et un ciel clair

nous a permis de voir le monde

comme le voient les anges.

Enfin, nous sommes installés.


Une photo et des séquences vidéos d'une grande maison avec une vue sur une vallée verdoyante sont présentées.


NARRATEUR

(Lisant)

«Notre chambre est grande

avec un balcon et une vue

magnifique sur la vallée.

Nous sommes levés à 6 heures

tous les matins et marchons 15

minutes pour aller déjeuner.»


Des photos d'archives de ROGER D'ASTOUS et d'autres ouvriers sur un chantier de construction sont présentées. Sur l'une d'elles, l'architecte FRANK LLOYD WRIGHT observe le chantier.


NARRATEUR

(Lisant)

«Je travaille à la reconstruction

du théâtre sous la direction

de Monsieur Wright.

À 83 ans, il monte son cheval

pour sa tournée du matin.

Ce n'est pas de l'aquaplane,

mais tout de même.»


YVES DESCHAMPS poursuit son témoignage.


YVES DESCHAMPS

Le choix de D'Astous

à cette date-là dans

les années 1950, donc,

c'était un choix, quand même,

qui était assez spécial.


En séquence vidéo, FRANK LLOYD WRIGHT travaille à son bureau d'architecte.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Une voie qui n'était pas celle

de tout le monde d'aller étudier

aux États-Unis avec Wright.


Des timbres américains à l'effigie de FRANK LLOYD WRIGHT sont présentés.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Frank Lloyd Wright.


FRANCE VANLAETHEM poursuit son témoignage.


FRANCE VANLAETHEM

Un maître, une figure

majeure de l'architecture.

Et un monsieur qui pratique

l'architecture depuis la fin

du dix-neuvième siècle,

qui a une longue et

fructueuse carrière.


En séquences vidéo, différents bâtiments conçus par FRANK LLOYD WRIGHT sont présentés.


FRANCE VANLAETHEM

Au cours de ses nombreuses

années de pratique, il va dessiner

et construire près de

500 bâtiments, quoi.


En séquence vidéo, la résidence d'été de FRANK LLOYD WRIGHT, Taliesin Est, à Spring Green au Wisconsin, est présentée.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

Wright avait

un système. Il fonctionnait

l'été dans le Wisconsin

qui était son État natal.

L'hiver, il s'en allait

dans l'Arizona. Il avait

un atelier dans l'Arizona.


En séquence vidéo, la résidence d'hiver de FRANK LLOYD WRIGHT, Taliesin Ouest, à Scottsdale en Arizona, est présentée.


YVES DESCHAMPS poursuit son témoignage.


YVES DESCHAMPS

Et à chaque fois, il se déplaçait

avec armes et bagages,

avec toute une espèce de cour

qu'avait autour de lui.


En séquence vidéo, FRANK LLOYD WRIGHT se tient debout près d'un feu dans une cheminée et s'adresse à tout un groupe de jeunes hommes assis autour de lui.


YVES DESCHAMPS

Parce que l'atelier de Wright,

c'était pas seulement un atelier

d'architecture, c'était aussi

l'ensemble de ses disciples.

Quand on travaillait chez

Wright, c'était un petit peu

comme un maître spirituel

japonais. On faisait tout.


En photo, FRANK LLOYD WRIGHT travaille à un bureau d'architecte avec deux hommes debout à côté de lui.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

Ils travaillaient non seulement

aux projets, à leur conception,

dans l'atelier, mais aussi sur

les chantiers, et ils participaient

à la construction de Taliesin.


Des séquences vidéos d'une grande fontaine sont présentées, puis une photo montre ROGER D'ASTOUS et ANASTASIA se tenant en maillots de bain sous la fontaine.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

C'est vraiment une formation

globale, intellectuelle,

graphique, technique, concernée

par la vie quotidienne.


Des séquences vidéo montrent d'autres parties de Taliesin, puis une photo de ROGER D'ASTOUS et d'ANASTASIE assis devant la maison est présentée. Une photo montre ensuite ROGER D'ASTOUS étudiant des plans dans la maison devant la cheminée.


STÉPHANE D'ASTOUS poursuit son témoignage.


STÉPHANE D'ASTOUS

J'étais prêt à sauter

sur une planche à dessin

puis lui démontrer mon art.

Mais il m'a dit : «Le premier

été, Stéphane, j'ai pas touché

à un crayon de tout l'été.»


Une photo de ROGER D'ASTOUS assis en arrière de FRANK LLOYD WRIGHT est présentée.


STÉPHANE D'ASTOUS

Monsieur Wright, il dit : «Avant

que vous touchiez à un crayon,

vous allez apprendre c'est

quoi construire.» Et papa,

je pense qu'il a réalisé

que c'était exactement ça

qu'il lui fallait.


Des séquences vidéo de Taliesin montrée sous différents angles sont présentées.


NARRATEUR

(Lisant)

«Tout cela est fait dans le but

de former un homme fort, sensible,

imaginatif, en pleine conscience

de ses facultés et de la vie qui

l'entoure. Le secret de ce grand

génie qu'est Monsieur Wright.»


Une autre photo de FRANK LLOYD WRIGHT au travail est présentée, suivie de photos de ROGER D'ASTOUS dans le jardin et devant la maison.


NARRATEUR

(Lisant)

«J'apprends que rien n'est

impossible, que tout peut être

beau. Il n'en tient qu'à nous.

Je réalise combien

cette expérience me

profitera pour la vie.

Nous pensons souvent à vous et

vous embrassons affectueusement.

Roger et Nancy.»


Une photo de ROGER D'ASTOUS et d'ANASTASIA posant devant des montagnes en Arizona est présentée.


Un autre extrait de l'entretien de ROGER D'ASTOUS avec un JOURNALISTE est présenté.


ROGER D'ASTOUS

La façon religieuse

de croire en l'architecture.

Ses convictions d'architecture

étaient imprégnées dans

chaque chose qu'il faisait.


Une photo de ROGER D'ASTOUS en famille est présentée.


CHRISTIAN D'ASTOUS (Narrateur)

Roger vient d'une famille

de quatre enfants. La famille

était modeste. Tout le monde

a mis l'épaule à la roue pour

offrir ces études-là à Roger.


En séquence vidéo, l'intérieur de Taliesin est présenté.


CHRISTIAN D'ASTOUS (Narrateur)

Après un an, Monsieur Wright

voulait que Roger reste

à Taliesin pour devenir un

de ses disciples et enseigner.

Et Roger a refusé.


Une photo de ROGER D'ASTOUS assis dans la maison est présentée.


En séquence vidéo d'archives, des voitures roulent sur une route au milieu des montagnes en Arizona, puis une photo de ROGER D'ASTOUS et d'ANASTASIA à bord d'une voiture décapotable est présentée.


CHRISTIAN D'ASTOUS poursuit son témoignage.


CHRISTIAN D'ASTOUS

Il a dit à Frank Lloyd Wright:

«Parce qu'il y a des gens

qui ont fait des sacrifices

pour que je me rende à vous,

je dois retourner au Québec

et construire au Québec.»


Une photo d'une maison avec un grand terrain est présentée. La maison est construite sur un seul étage, avec de nombreuses baies vitrées, de la pierre et du bois.


Texte narratif :
Résidence Gaston Laurion Laval-sur-le-Lac 1954


CHRISTIAN D'ASTOUS (Narrateur)

Son premier projet,

sa première résidence,

il l'a faite tout seul.


Une photo de ROGER D'ASTOUS assis à l'intérieur de la maison à la décoration moderne est présentée.


HENRI BRILLON poursuit son témoignage.


HENRI BRILLON

C'était l'époque où on

parlait beaucoup de cette

maison-là, la maison Dorion.

C'est une maison dont

il était très fier.

Puis ce qu'il l'insultait,

c'était que son client

avait décoré sa pelouse

avec des flamants roses.

Puis il attendait le soir et puis

il allait faire un tour autour

de la maison.

(Riant)

Puis il enlevait

les flamants roses.


Une photo de l'extérieur de la résidence avec un flamant rose est présentée, puis le flamant rose disparaît de la photo.


HENRI BRILLON

Pour essayer de garder

son architecture plus pure.


En séquence vidéo d'archives, de jeunes enfants dessinent dans une salle de classe, avec un PRÊTRE comme enseignant.


PRÊTRE

Alors, montrez-moi les dessins

que vous avez faits.


Les enfants lèvent leurs feuilles pour montrer leurs dessins.


PRÊTRE

C'est bien.

(Se penchant vers un GARÇON)

Oui?


GARÇON

J'ai deux pages, moi.


PRÊTRE

Tu as deux pages.

Ah, tu n'as qu'une église

et deux pages.

(S'adressant à la classe)

Qu'est-ce qu'il y a

dans une église?


FILLE

Les autels.


PRÊTRE

Oui?


FILLE

Un tabernacle.


PRÊTRE

Un tabernacle. Et qu'est-ce

qu'il y a dans le tabernacle?


FILLE

Il y a de l'hostie.


GARÇON 2

Il y a l'hostie et

Dieu dans l'hostie.


L'entretien de ROGER D'ASTOUS reprend.


ROGER D'ASTOUS

On commençait à repenser

un peu au point de vue

liturgique la fonction

intérieure de l'Église.


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

C'était à un moment où il y

avait un renouveau liturgique

qui existait et il en a

profité. Il est rentré

là-dedans à pieds joints.


L'entretien de ROGER D'ASTOUS reprend.


ROGER D'ASTOUS

Notre-Dame-du-Bel-Amour a

été parmi une des premières

qui a fait le pas sur ça.


FRANCE VANLAETHEM poursuit son témoignage.


FRANCE VANLAETHEM

Elle est particulièrement

novatrice par son plan qui

en fait rejoint, avant même

Vatican II, le désir de l'Église

de rapprocher l'officiant

et les fidèles. Par son plan

en losange très ramassé.


Des plans de l'intérieur de l'église Notre-Dame-du-Bel-Amour, avec un centre en forme de losange, sont présentés.


En séquence vidéo, des enfants de choeur chantent [mot_etranger=LA]Laudate Dominum[/mot_etranger] dans l'église, dont les murs forment des espaces triangulaires.


Des photos du chantier de l'église avec des ouvriers au travail sont présentées, suivies d'une photo de l'extérieur de l'église terminée. À deux extrémités du losange, le toit forme une pointe vers le ciel, descendant en pente vers le centre du losange, où se trouve la flèche de l'église, et vers les deux autres extrémités.


Texte narratif :
Église Notre-Dame-du-Bel-Amour Cartierville 1955


D'autres photos du chantier sont présentées, on y voit la flèche de l'église placée sur le toit à l'aide d'une grue. Une autre photo montre ROGER D'ASTOUS à côté d'un ouvrier sur le toit de l'église en construction.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Il n'y avait personne d'autre

que lui qui allait sur les

chantiers parce qu'il réglait

énormément de problèmes

sur les chantiers. Puis

il voulait voir, il voulait

mettre la main à la pâte.


Dans l'église, les enfants de choeur terminent la chanson.


En séquence vidéo d'archives, de très nombreux enfants de choeur marchent lors d'un rassemblement.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

À l'époque,

on est encore très proche

de cette tradition,

du développement, des quartiers

résidentiels autour de

leur église, leur école,

les hôpitaux, etc.


En séquences vidéo, différentes églises à l'architecture moderne sont présentées.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

Et tout ça sont des

institutions ecclésiastiques.

Pour les architectes

francophones québécois, c'était

évidemment une bénédiction.

(Riant)

C'est le cas de le dire.

Les ecclésiastiques préféraient

avoir recours évidemment

à des francophones catholiques

plutôt qu'aux anglophones.

Inversement, le commerce

et l'industrie avaient

souvent affaire avec les

architectes anglophones.

Il y avait une espèce

de répartition des tâches.


Une séquence vidéo de l'extérieur d'une église est présentée. Les murs forment une courbe sur les côtés de manière presque cylindrique et se rapprochent en se redressant au sommet, avec des vitraux percés en haut.


Texte narratif :
Église Notre-Dame-des-Champs Repentigny 1961


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Pour un architecte, l'église

est probablement le plus

beau défi à relever.


L'extérieur de l'église Notre-Dame-des-Champs est présenté sous différents angles.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Pour faire une église,

il faut créer des formes

qui peuvent identifier

la liturgie contemporaine.

Or, une fois que ça est fait,

il s'agit de faire le saut pour

toucher un peu l'impalpable.


L'intérieur de l'église est présenté, les courbes des murs sont recouvertes de bois, semblable à celui dans lequel sont faits les bancs, au design moderne et épuré.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Qu'est-ce que c'est qui rend

cet espace-là intérieur senti?

Senti au point que quand

on rentre dans une église

qui est vraiment bien faite,

ça impose le silence.


L'avant de l'église et le haut des murs, en béton, ont une forme triangulaire. De la lumière descend par les vitraux installés au sommet.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Il y a l'impalpable

qui est aussi important

que les murs de béton.


L'extérieur d'une autre église est présenté, avec un toit presque plat sur les côtés, et une voûte pyramidale au milieu.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

C'est comme solutionner tous les

problèmes puis ensuite faire

un bond et de sublimer la chose.


L'intérieur de cet église est présenté, avec la forme triangulaire définissant l'espace au-dessus des bancs et se répétant dans les ouvertures.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

C'est vrai dans une église, mais

on peut appliquer exactement

les mêmes principes par contre

dans une résidence. Et ça,

c'est le côté fascinant.


L'extérieur de l'église est présenté à nouveau.


Texte narratif :
Église Saint-Jean-Baptiste-Marie-Vianney Montréal 1962


BERNADETTE BRAULT poursuit son témoignage.


BERNADETTE BRAULT

Il nous a emmenés

à l'Estérel où il avait

déjà construit deux maisons pour

des gens du nom de Simard, là.


Des séquences vidéo d'archives d'ouvriers travaillant sur un chantier de construction sont présentées.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

D'Astous étudie les prototypes

de chalet et construit trois

maisons splendides, notamment

la maison de Fridolin Simard,

l'entrepreneur impliqué dans

la construction de la première

autoroute du Québec qui est

l'autoroute du nord,

l'autoroute des Laurentides.


Une publicité d'époque pour l'autoroute des Laurentides est présentée. Des voitures roulent sur l'autoroute.


ANIMATEUR TÉLÉ (Narrateur)

Avez-vous

déjà eu l'agréable impression

de vivre une journée parfaite?


Un homme conduit sereinement sa voiture, portant un chapeau de pêche et une cigarette aux lèvres.


ANIMATEUR TÉLÉ (Narrateur)

C'est celle que j'emporte

chaque fois que je m'échappe

vers les Laurentides pour aller

à la pêche. Ma chaloupe

en remorque, je file sur

la nouvelle autoroute.


Une voiture avec une barque sur une remorque s'arrête à un péage. Un panneau indiquant la direction de Saint-Jérôme et Sainte-Agathe est présenté et la voiture reprend sa route.


ANIMATEUR TÉLÉ (Narrateur)

Une petite heure après avoir

quitté Montréal, je suis en

pleines Laurentides. Mon petit

bonheur à moi commence ici.


La voiture roule sur l'autoroute au milieu des collines des Laurentides.


Une photo de l'extérieur d'une maison est présentée. La maison a des allures de chalet et le toit s'étend sur le côté pour former un espace couvert à l'extérieur.


Texte narratif :
Résidence Thomas-Louis Simard Estérel 1959


Un extrait du film de 1970 «L'initiation» de Denis Héroux se déroulant à la résidence est présenté. Une jeune femme, VICTOIRE, s'approche du bord de la piscine extérieure, où nage une autre jeune femme, NADINE, seins nus. NADINE se tourne vers VICTOIRE et lui sourit.


VICTOIRE

(Apercevant quelqu'un)

Oh-oh! Les dieux vengèrent.


NADINE

Ma mère?


VICTOIRE

Eh oui.

J'aurais dû le prévoir.


VOIX DE LA MÈRE DE NADINE

Nadine?


VICTOIRE

Tu ferais mieux

de plonger, toi.


La MÈRE DE NADINE sort de la maison et s'approche de la piscine avec une serviette.


MÈRE DE NADINE

Tu n'as plus 5 ans, Nadine.


Elle aide NADINE, qui sort de la piscine, à couvrir sa poitrine.


NADINE

C'est pas si grave.


MÈRE DE NADINE

Oh! Je m'excuse, Victoire.

Je ne t'ai pas dit bonjour.


VICTOIRE

Mais je vous en

prie, Madame Aubert.


Un bateau à moteur approche de la maison sur le lac que celle-ci surplombe. L'homme à bord klaxonne.


Un plan de la maison est présenté, avec un balcon qui s'avance au-dessus du lac.


VOIX DE VICTOIRE

Richard?


VOIX DE NADINE

Il devait nous rejoindre

à la pointe. On est en retard.


Le bateau à moteur s'éloigne sur le lac.


Une photo d'une autre résidence est présentée sous la neige, puis une séquence vidéo la montre en automne, à l'extérieur puis à l'intérieur. Une grande terrasse couverte s'avance au-dessus du lac, avec une grande baie vitrée inclinée. La maison se fond dans le paysage avec les arbres autour.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

D'Astous est marqué par

l'architecture organique

de Wright.


HENRI BRILLON poursuit son témoignage.


HENRI BRILLON

Ça vient du mot

«organe», finalement.

Organique, organe.

(Montrant sa main)

Frank Lloyd Wright, il montrait

sa main comme ça puis il disait :

«Dans la main, il y a les os.

Et puis par-dessus les os,

il y a la peau. Puis il y a

une espèce de fluidité

entre les deux que les deux

se marient très, très bien.»

Dans le corps, on sent bien que

tout est fluidité, continuité.

Il n'y a pas d'arrêt brusque.

Bien il dit qu'en architecture,

c'est le principe

qu'on devrait appliquer.


L'intérieur de la résidence est présenté à nouveau. La baie vitrée s'ouvre sur les arbres et le lac et les murs sont faits avec des poutres en bois et des pierres.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Depuis que l'homme est

sur la planète, il construit

des abris. Ça a commencé avec

le bois, ça a suivi avec la brique,

la pierre.


Les autres côtés de l'extérieur de la maison sont présentés, de nombreuses poutres de bois structurent l'entrée et les murs extérieurs sont eux aussi faits en pierre et en bois.


Texte narratif :
Résidence Fridolin Simard Estérel 1959


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Et ces matériaux-là sont

les seuls qui ont été employés

pour des générations dans toutes

les civilisations qu'on connaît.


Dans un autre extrait du film «L'initiation», le bateau à moteur continue à filer sur le lac, passant près d'une autre résidence.


Texte narratif :
Résidence Gérald Gohier Estérel 1962


L'extérieur de la résidence est présenté. Les murs sont en pierre et des terrasses avec des poutres en bois surplombent le lac à plusieurs niveaux.


Une chambre à l'intérieur est montrée, avec des poutres et des baies vitrées sur les côtés donnant sur le lac. Le tonnerre gronde à l'extérieur et la pluie est visible par les vitres. Dans le salon de la maison, parmi les pierres des murs se trouvent de gros morceaux de verre turquoise.


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

Il avait trouvé qu'il y avait

des gens qui fabriquaient du

verre comme la Dominion Glass

ou d'autres. Les fours

étaient continus. Mais

une fois par année, les fours

s'éteignaient et ils refaisaient

l'intérieur des fours.

Il restait une masse de verre

dans le fond. Alors,

avec des marteaux-piqueurs,

ils démolissaient ce verre

et puis ça faisait des blocs

de verre qui étaient comme

des moellons. Et il avait

trouvé ça intéressant. Il dit :

«Oh! Peut-être que...»


Des carillons d'église retentissent et une croix à l'intérieur d'une église est présentée. Sa structure est en bois, remplie de morceaux de verre turquoise. Des clochers ouverts sont ensuite présentés à l'extérieur, il s'agit de tours de béton avec des cloches au sommet, abritées sur un côté et au-dessus par des parois de béton.


Texte narratif :
Église Saint-René-Goupil Montréal-Nord 1960


L'église elle-même a une forme rectangulaire, avec d'autres cloches fixées aux coins dans des structures de béton et des murs en briques. Sur le mur arrière de l'église, d'autres morceaux de verre turquoise sont insérés dans des bandes horizontales dans le béton. Cela correspond à l'intérieur d'une chapelle, qui est un petit espace carré, coloré par la lumière filtrant à travers les morceaux de verre. L'autel est ensuite présenté, avec un sol recouvert de moquette rouge et le mur du fond en briques.


Des séquences vidéo de l'intérieur de l'église avec un prêtre, des fidèles et des visiteurs sont ensuite présentées.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

Il travaillait avec du bois,

avec de la pierre, avec

des panneaux de liège.

Les textures, les couleurs.

C'était dans le détail.

C'était à petite échelle.


HENRI BRILLON (Narrateur)

L'architecture, à ce moment-là,

elle était pas aussi avancée

qu'elle l'est aujourd'hui.

Il n'y avait pas d'ordinateur.

Il n'y avait rien de ça.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

C'était tout un artisanat

dans le fond. Il y avait

l'aquarelle, il y avait

les dessins techniques

au tire-ligne. Tous les

textes qu'on écrivait

à la main évidemment.


Des outils de dessin de l'époque sont présentés, à côté d'une personne qui dessine un plan.


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

J'étais passé dans des

endroits où c'était la grosse

cavalerie où chacun faisait

son petit morceau de plan puis

on était assis à notre table

et puis, euh... Tandis que là,

c'est... Je veux pas dire que

c'était le bordel, mais c'était

un milieu sympathique où on

faisait énormément, énormément

de choses et on le faisait

du début jusqu'à la fin.


En séquence vidéo, ROGER D'ASTOUS dessine un plan, assis à un bureau près d'une cheminée.


HENRI BRILLON poursuit son témoignage.


HENRI BRILLON

Mais quand D'Astous

faisait son croquis, là,

d'abord, très souvent,

c'était fait très rapidement.

Il y avait... C'est une espèce

de génie qui avait déjà

tout en lui, puis écoute...


Le plan que ROGER D'ASTOUS est en train de dessiner est montré. Il s'agit d'un long bâtiment avec une tour pyramidale aux deux extrémités.


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

Ses premiers dessins,

ses premières esquisses étaient

grands comme un timbre-poste

ou à peu près. Mais tout

était dedans. C'était à nous

de le trouver par exemple.

Quelquefois, c'était compliqué.


Une petite feuille avec un plan approximatif couvert d'indications est présentée, puis sa version nette est montrée.


MICHEL CATRICE

(Riant)

C'est épuisant,

mais c'est passionnant.


L'extérieur de l'église Saint-Rémi est présenté. Ses murs sont longés par des bassins remplis d'eau.


JOURNALISTE (Narrateur)

Quand on arrive à l'église

Saint-Rémi, Roger D'Astous,

on s'aperçoit que l'entrée de

l'église est assez éloignée du

trottoir, assez éloignée de la rue.

Je vois par exemple qu'il y a

autour de l'église des vasques

ou des piscines. Est-ce que

ça répond à une idée précise?


L'église est présentée sous un autre angle, une entrée basse est aménagée sur le côté, donnant sur le bâtiment lui-même, qui a de hauts murs complètement vitrés et un toit en pente.


Texte narratif :
Église Saint-Rémi Montréal-Nord 1959


En séquence vidéo, ROGER D'ASTOUS s'exprime à côté d'une table avec des plans, en compagnie d'un prêtre, le PÈRE GIGNAC.


ROGER D'ASTOUS

Ce qui a été voulu, et je crois,

assez réussi tout de même, est

une volonté de faire entre la rue

et la nature, une transition.

Une chance aux fidèles

de se recueillir graduellement

avant d'arriver au sanctuaire.

Ce qui a été posé et recherché

a été de garder l'authenticité

des matériaux. Les exprimer

pour ce qu'ils sont eux-mêmes.

D'ailleurs, comme faisait

remarquer père Gignac,

la voûte elle-même,

révèle même son coffrage.


PÈRE GIGNAC

Oui. Elle n'a pas été

recouverte d'un enduit

pour cacher le coffrage.

On l'a laissé comme ça.


ROGER D'ASTOUS

C'est ça.


PÈRE GIGNAC

Il y a eu une petite

bataille, je pense.


ROGER D'ASTOUS

(Riant)

Oui.


YVES DESCHAMPS poursuit son témoignage.


YVES DESCHAMPS

D'Astous discutant avec le curé

de Saint-Maurice-de-Duvernay,

la future église. Bon, c'était

l'hiver probablement et donc,

il sort son mouchoir pour

se moucher et tout à fait

par hasard, évidemment,

son chapelet tombe par terre.

Ce qui a eu certainement un très

bon effet sur monsieur le curé.


La séquence vidéo avec ROGER D'ASTOUS reprend.


ROGER D'ASTOUS

La cérémonie débute d'abord

par la réception de l'enfant...


VOIX D'UN JOURNALISTE

La naissance de

l'enfant pour commencer.


ROGER D'ASTOUS rit.


VOIX D'UN JOURNALISTE

Père Gignac, êtes-vous

pro ou antilampion?


L'intérieur de l'église Saint-Rémi est présenté. Le choeur s'ouvre de manière triangulaire sur la nef. En arrière de l'autel, de grandes vitres opaques recouvrent les hauts murs. Un choeur de jeunes filles chante [mot_etranger=LA]Laudate Dominum[/mot_etranger] dans l'église vide. Du côté opposé au choeur se trouvent d'autres hauts murs vitrés et une mezzanine est aménagée avec un autre espace avec des bancs.


BERNADETTE BRAULT poursuit son témoignage.


BERNADETTE BRAULT

Il a commencé par venir voir

le terrain que nous avions

acheté, qui était sur une butte.


Une photo en noir et blanc d'une colline boisée est présentée, suivie d'une séquence vidéo d'une maison en construction. Le témoignage du charpentier RÉAL TROTTIER se fait entendre par-dessus les images.


RÉAL TROTTIER (Narrateur)

Comme moi, quand

j'ai vu arriver Roger D'Astous

avec sa Lincoln, j'ai dit :

«Tiens, c'est même pas sorti

encore puis il en a une, lui.»


Une photo d'une voiture devant l'église Saint-Rémi est présentée, suivie d'une photo de ROGER D'ASTOUS souriant à la caméra, adossé à un bureau à des plans.


RÉAL TROTTIER (Narrateur)

Puis là, c'est là qui était...

Je sais pas ça si c'est vrai

ou quoi, mais en parlant entre

nous, ça avait été dit que

le gars, c'était un illuminé.

Il avait fait une proposition pour

le pont Champlain. Et puis sa

proposition qu'il avait faite,

plutôt que de faire un pont qui

traversait, c'est un pont qui

était en demi-lune puis au

centre de la demi-lune, au

milieu du fleuve Saint-Laurent,

c'était un restaurant.


Des photos de la maquette d'un pont en arc de cercle sont présentées. Au milieu du demi-cercle, une tour se déploie d'un côté, d'où partent les suspensions rattachées au pont, et de l'autre côté, une structure arrondie s'avance dans l'eau.


RÉAL TROTTIER (Narrateur)

C'était ça sa proposition.

Je sais pas si c'est vrai,

mais c'est de ça que les gens

discutaient. Ils disaient : «Ah!

Ce gars-là, c'est un illuminé.»


Texte narratif :
Pont pour Expo 67 Montréal 1963


BERNADETTE BRAULT poursuit son témoignage.


BERNADETTE BRAULT

Pendant longtemps, on

attendait de voir des croquis

quelconques et ça tardait. Et à

un moment donné, il nous a dit :

«Vous savez, c'est sur le haut

d'une butte, puis je ne peux

pas placer n'importe quoi là.

Il faut que ça ait

une certaine sorte

de toit. Je suis à l'enrober.»

Il était obsédé par ça.

Comment l'enrober.


Un croquis d'une maison est présenté, suivi d'une photo de la maison construite. Il s'agit d'un bâtiment bas sur un étage, avec un toit légèrement incurvé vers l'intérieur, perpendiculaire aux murs. La maison dépasse peu du paysage boisé environnant.


Texte narratif :
Résidence François Brault Cowansville 1961


RÉAL TROTTIER (Narrateur)

C'est sûrement vrai. Ils

peuvent pas... C'est sûrement

vrai. Construire une maison

comme ça. Eille!

En 1961, tu bâtis une

maison. Aujourd'hui, tu vas

aller construire une maison

de même, les gens voudront

pas. Ils vont dire : «Oups!»


Les témoignages de MICHEL CATRICE et de BERNADETTE BRAULT s'alternent, entrecoupés de vidéos d'archives d'architectes travaillant dans un bureau.


MICHEL CATRICE

Il n'y avait pas de vert

au bureau et puis il n'y a

jamais eu même de crayon vert

au bureau. S'il y en avait,

ils disparaissaient.

Il n'aimait pas le vert.


BERNADETTE BRAULT

Il fallait se procurer

la peinture d'une certaine

compagnie et on avait

le numéro des couleurs.


MICHEL CATRICE

Quand on faisait

des rendus pour faire

de l'herbe, on picotait

avec du jaune et puis du bleu.


BERNADETTE BRAULT

Il y avait beaucoup

de fenêtres, mais rien

ne s'ouvrait. Alors,

c'était des carrés de bois

qui s'ouvraient par l'intérieur.

Et là, les couleurs.


MICHEL CATRICE

(Comptant sur ses doigts)

Il y avait les trois couleurs

de base : le rouge du Maurier...


BERNADETTE BRAULT

(Comptant sur ses doigts)

Un bleu royal...


MICHEL CATRICE

(Comptant sur ses doigts)

Le jaune...


BERNADETTE BRAULT

(Comptant sur ses doigts)

Ocre. Qui était un jaune

moutarde. Et c'était une

peinture qui ne se conservait

pas. Alors, qu'il fallait

mélanger à la dernière minute.


MICHEL CATRICE

C'était les trois couleurs

de base avec lesquelles il

travaillait tout le temps.


Une photo de deux jeunes enfants devant la maison est présentée, puis des photos montrent différents angles de l'extérieur de la maison. Les murs sont constitués de grandes vitres et de quelques panneaux carrés de bois coloré.


BERNADETTE BRAULT (Narratrice)

Alors, les panneaux dans

la maison qui s'ouvraient

pour ventilation étaient

un peu partout, dans le salon,

dans les chambres. C'était

dicté par Monsieur D'Astous. Et

c'étaient ces trois couleurs-là.


Dans une vidéo d'archives, assis à un bureau, ROGER D'ASTOUS s'exprime en anglais.


ROGER D'ASTOUS

(Propos traduits de l'anglais)

Je crois qu'à notre époque,

nous accordons, sans trop

le savoir, beaucoup trop

d'importance au côté pratique

des choses. Ce qui soulève

la question : y a-t-il place dans

l'architecture d'aujourd'hui,

pour un peu de romantisme?

Et je répondrais : «oui»,

en autant qu'il existe encore

un peu de romantisme chez

l'être humain.


Dans un autre extrait du film «L'initiation», VICTOIRE se tient près d'un mur en pierres à l'extérieur de la maison et écoute tristement une voiture démarrer et klaxonner. Elle marche ensuite à l'intérieur de la maison et entre dans une chambre au lit défait.


Le propriétaire d'une maison construite par ROGER D'ASTOUS, MICHEL LANIEL, sort de la maison en appelant un chien.


MICHEL LANIEL

(Sifflant)

D'Astous.


Assis dans un salon, MICHEL LANIEL témoigne.


MICHEL LANIEL

L'année après qu'on ait acquis

la maison, on a trouvé un

chien errant, un bébé chien.

Le chien est devenu membre

de la famille. On l'a appelé

D'Astous en l'honneur de

notre architecte. Moi, je suis

originaire de Valleyfield. Donc,

c'est une maison qui faisait

partie de mon environnement, que

j'ai vu construire dans les 1960

et dont toute la ville parlait.


L'extérieur de la maison est présenté. Celle-ci a une forme carrée, aux angles légèrement arrondis, avec des ouvertures pratiquées dans les coins à chaque étage. Le toit est plat et les murs sont recouverts de tuiles. Au milieu sur les côtés, une étroite ouverture vitrée traverse les étages.


Texte narratif :
Résidence Gérard Cadieux Valleyfield 1964


À l'intérieur, MICHEL LANIEL poursuit son témoignage.


MICHEL LANIEL

Plutôt qu'une maison qui aurait

été ouverte sur l'extérieur

avec des grandes fenêtres

panoramiques où est-ce qu'on

peut à un moment donné passer

de l'est à l'ouest en passant

par le sud. Ici, il y a pas

ce balayage visuel là.

C'est : on a un point de vue.

On change, on s'en va,

on a un autre point de vue.

C'est comme des photos, ni plus

ni moins, plutôt qu'un film.


L'intérieur de la maison est présenté, avec une grande cage d'escalier au centre de la maison. Les murs comprennent beaucoup de pierre et de bois.


MICHEL LANIEL (Narrateur)

En tant qu'architecte, j'ai

l'oeil, j'ai le sens de l'espace

et tout ça. Et j'ai de la

facilité à refaire un plan.

Après avoir visité la maison

ici, j'essayais de refaire

le plan de la maison.


Un plan de la maison est présenté.


MICHEL LANIEL (Narrateur)

Étant donné que c'était une

maison qui est sur une forme

carrée très, très symétrique,

on perd un petit peu

l'organisation de l'espace, mais

on le retrouve à vivre dedans.

C'est comme une découverte, une

découverte perpétuelle d'espace,

de points de vue, d'atmosphères.


L'intérieur de la maison est présenté sous différents angles, avec de nombreux grands espaces ouverts les uns sur les autres.


MICHEL LANIEL (Narrateur)

C'est un peu un tour de magie.


Dans des séquences vidéos d'archives, de jeunes enfants font du tricycle et jouent sur les pelouses dans des quartiers résidentiels.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

Dans les années 50 et 60,

de plus en plus de Québécois

accèdent à la propriété.


Des séquences vidéo de rues de banlieue avec des bungalows alignés les uns après les autres sont présentées.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

C'est l'époque des

banlieues et des bungalows.

Grâce à la démocratisation

de l'automobile, les familles

quittent la ville, donc

vont habiter en banlieue

dans des maisons individuelles.


L'extérieur d'une grande maison carrée en banlieue est présenté.


Texte narratif :
Maison de Demain Boucherville 1961


Un jardin luxuriant se trouve à l'arrière de la maison, dont l'étage est installé en surplomb au-dessus d'une petite base carrée, couvrant en partie une grande piscine extérieure.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

C'est une maison qui se veut

un modèle de maison de banlieue

dans le cadre d'une parade

résidentielle comme on

en organisait à l'époque

pour en fait attirer

les clients...


À l'intérieur de la maison, une grande cour avec des arbres et des plantes se trouve au centre et s'ouvre sur l'étage.


FRANCE VANLAETHEM (Narratrice)

... qui est faite

pour être reproduite.

Mais ça restera

un projet unique,

exceptionnel de par son plan

puisque toute la maison était

organisée autour d'un atrium.


Au rez-de-chaussée, les murs sont en pierres et dans toute la maison, de nombreuses poutres et cloisons en bois sont installées. Il y a également de grandes baies vitrées sur les côtés à l'étage.


Une autre maison est présentée, composée de deux parties triangulaires connectées l'une à l'autre dans des directions opposées. Des tuiles recouvrent les murs ainsi que les toits fortement inclinés.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

D'Astous est un architecte de lieux.

Véritablement. C'est quelqu'un

qui à chaque endroit où il

construit, s'inscrit dans le

paysage, utilise les matériaux

locaux, des matériaux qui

se fondent dans la nature.

La maison doit avoir

l'air de sortir du sol.


Texte narratif :
Résidence Doris Lussier Saint Bruno 1964


Assis dans le salon à l'intérieur, le propriétaire, SERGE SAVARD, témoigne.


SERGE SAVARD

Je viens de l'Abitibi,

mon épouse vient de la Vallée

de la Matapédia en Gaspésie.

Je suis arrivé ici après

une ronde de golf par pur

hasard. J'étais au golf.

J'ai dit à Doris que je me

cherchais une maison. Ah!

Ça frappe beaucoup. Delorme est

de mes origines. Alors, on a

bien aimé. Au départ, on a dit :

«Écoute, c'est beau. C'est

tout en bois. Il n'y a pas

d'entretien.» C'est pas vrai

parce qu'il y a de l'entretien

quand même, mais pas besoin de

peinturer, pas besoin de rien.

Alors, au départ, c'était

le premier réflexe. Wow!

Il y a une piscine intérieure.

C'est quelque chose.


Des photos d'archives de la grande piscine intérieure sont présentées. À l'étage, une mezzanine s'ouvre au-dessus de la piscine.


SERGE SAVARD

Les enfants, bien... Lorsque je

suis arrivé ici, naturellement,

c'était ouvert complètement

parce que Doris Lussier avait

des enfants d'un certain âge. Il

n'avait pas besoin de recouvrir

les espaces en haut au cas où un

bébé tombe ou quoi que ce soit.

Mes enfants étaient d'un bas

âge. Alors, après quelques

semaines, les enfants sautaient

du deuxième dans la piscine

puis j'avais une peur noire

de tout ça. Alors, on l'a

tout simplement éliminée. Puis

en bas, la piscine elle-même,

en fait, c'est un cellier,

c'est une cave à vin.

L'eau s'est transformée en vin!


Des photos des toits de la maison sont présentées, avec des puits de lumière aménagés dans la pente.


SERGE SAVARD

Et on a fait des puits de

lumière parce que les arbres,

naturellement, ça grandit tout

le temps. Ça a envahi la maison.

Il n'y avait plus de soleil,

il n'y avait plus de clarté.

Il a fallu éliminer les

moins beaux si on pouvait, là.

Et ça, Monsieur D'Astous a

vu ça comme un péché véniel.


En séquence vidéo d'archives, SERGE SAVARD s'entraîne avec l'équipe des Canadiens.


SERGE SAVARD

J'ai acquis la maison

en 1974. Je suis arrivé

avec les Canadiens en 1968.

Il y a eu tellement de choses.

À peu près, tout ce qui s'est

passé dans ma carrière ou

dans ma vie, ça s'est presque

tout passé ici. Et ce qui est

le plus comique, après toutes

ces années-là, à chaque fois

que je rencontre quelqu'un :

«Ah! Tu as acheté la

maison de Doris Lussier.»

Doris a été propriétaire de

la maison 8 ou 9 ans et moi,

tout près de 40 ans. Mais c'est

la maison de Doris Lussier!


SERGE SAVARD rit.


Dans un extrait vidéo, l'acteur DORIS LUSSIER parle en mangeant à une table.


DORIS LUSSIER

Un homme comme moi,

un homme comme moi.

Écoutez, vous faites

des bien beaux compliments,

Mademoiselle Courtemanche,

mais moi, écoutez, faut que

je sois sur mes gardes.

Pour faire comme ça, il faut

que ça soit raisonné en logique

ça. Parce que moi, j'aime autant

vous le dire tout de suite,

hein, je suis un individualiste.

Je suis contre toute forme

d'enrégimentation. Il y a

toujours quelque psychologie

malsaine en dessous de ça.


Des photos de ROGER D'ASTOUS assis à son bureau sont présentées.


STÉPHANE D'ASTOUS poursuit son témoignage.


STÉPHANE D'ASTOUS

Papa appréciait beaucoup plus

la présence de gens du domaine

artistique, créatif que,

disons, des hommes d'affaires,

des technocrates. Il faisait

la fête avec Marcelle Ferron,

il discutait de philosophie

avec Vaillancourt, le sculpteur.


Une séquence vidéo de MARCELLE FERRON est présentée, suivie d'une séquence vidéo d'ARMAND VAILLANCOURT s'exprimant parmi une foule.


ARMAND VAILLANCOURT

Puis la force, c'est

la vérité, ça veut dire

de travailler avec la matière,

travailler avec les animaux,

travailler avec... Aller bûcher

des arbres, assommer des boeufs.

Tout ça. Labourer pendant

des automnes complets, marcher

dans la neige, aller à l'école,

faire 3 miles et demi le matin

puis retourner le soir,

3 miles et demi dans la neige.

Et tout ça, pour moi, ça m'a

aidé à sentir la vie un peu.


En séquence vidéo, le peintre JEAN-PAUL MOUSSEAU travaille sur une toile.


STÉPHANE D'ASTOUS (Narrateur)

Et j'en passe. C'étaient des moments

assez importants, magiques parce

que papa devait s'exprimer,

devait partager avec des

gens aussi créatifs que lui.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Avec Mousseau, c'était comme

deux frères. Ils s'entendaient

remarquablement bien.

Mousseau a fait beaucoup

de choses pour lui.


En photo, ROGER D'ASTOUS et JEAN-PAUL MOUSSEAU se tiennent parmi un groupe d'hommes.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

C'était à l'époque où

Mousseau faisait des lampes.

Et il a fait aussi des vitraux

à celle de Duvernay par exemple.


L'extérieur de l'église Saint-Maurice-de-Duvernay est présenté, avec de grands vitraux dans une section pyramidale dépassant du toit. Le même choeur de jeunes filles qui chantait dans l'église Saint-Rémi chante à l'intérieur de l'église Saint-Maurice. Le mur en arrière de l'autel est composé de pierres avec un grand triangle inversé en bois au centre et un puits de lumière triangulaire au-dessus.


HENRI BRILLON (Narrateur)

Saint-Maurice-de-Duvernay.

L'apport des artistes qui sont

venus parfaire le projet. Un peu

comme dans les cathédrales.


L'église Saint-Maurice est présentée sous différents angles à l'extérieur et à l'intérieur. L'extérieur est très irrégulier, avec de grandes poutres de béton horizontales et verticales et des sections surélevées dans le toit. À l'intérieur, les murs des côtés sont boisés et des verrières colorées sont aménagées à l'horizontale d'un côté au-dessus de la nef.


HENRI BRILLON (Narrateur)

La poutre, la verrière,

de Mousseau, qui est

extraordinaire. Quand le soleil

plombe l'après-midi, là,

l'église devient enflammée.


Texte narratif :
Église Saint-Maurice Duvernay 1962


HENRI BRILLON poursuit son témoignage, faisant des gestes horizontaux et verticaux.


HENRI BRILLON

Il y a le clocher qui monte, là,

avec la croix, mais il y a

aussi la croix comme ça

puis comme ça. Hein?

Le symbole du Christ qui

porte sa croix ou le fait

que l'homme porte sa croix sur

son épaule comme tout le monde.

C'est bien la seule église

qui porte sa croix de cette

façon-là. Ça, c'est un symbole

qui est excessivement fort.


Les poutres horizontales à l'extérieur de l'église se terminent en forme de croix sur les côtés. Elles dessinent également une croix à l'endroit où elles rencontrent les poutres verticales du clocher.


HENRI BRILLON (Narrateur)

C'est vraiment le

chef-d'oeuvre de D'Astous.


Une séquence vidéo d'archives de l'architecte JEAN-PAUL POTHIER est présentée.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Un jour, j'ai vu arriver

dans le bureau deux personnes :

Jean-Paul Pothier et Guy Legault.


GUY R. LEGAULT poursuit son témoignage.


GUY R. LEGAULT

Pothier et D'Astous

sont déjà des amis.

Roger D'Astous a gradué

en 1952, Jean-Paul Pothier,

en 1953 et moi, en 1956.


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

Et puis, le Château

Champlain est arrivé.


YVES DESCHAMPS poursuit son témoignage.


YVES DESCHAMPS

Il est arrivé un certain

nombre d'architectes. C'est

quelqu'un qui a eu du succès,

qui a réalisé des choses

intéressantes. Et puis

à un moment donné, bien,

la consécration, c'est

de faire un gratte-ciel.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

C'est que le président Crump

du Canadien Pacifique dit...


Une affiche publicitaire de l’Hôtel Vancouver du Canadien Pacifique à Vancouver est présentée, suivie d'une affiche pour l'hôtel [mot_etranger=EN]Royal York[/mot_etranger] à Toronto, également du Canadien Pacifique. Les deux hôtels sur les affiches sont d'imposants gratte-ciels.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

«Montréal est la seule

ville au Canada où le [langue_etrangere=EN]Canadian Pacific Railway[/langue_etrangere]

n'a pas d'hôtel.»


Une séquence vidéo d'archives présente l'Hôtel Château Laurier à Ottawa, qui a, comme son nom l'indique, la forme d'un château.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Il avait parlé avec Claude

Robillard qui était directeur du

Service de l'urbanisme...


Une photo de CLAUDE ROBILLARD est présentée, suivie d'une photo du bureau du Service de l'urbanisme de l'époque, avec le slogan «habiter, travailler, se récréer, circuler» affiché au mur.


GUY R. LEGAULT poursuit son témoignage.


GUY R. LEGAULT

Et Crump a dit : «Est-ce que

vous avez des noms de firmes

d'architectes à me proposer pour

la construction de notre hôtel?

Parce que je pense que ça

devrait être des architectes de

Montréal qui fassent cela et de

préférence, des francophones.»


FRANCE VANLAETHEM poursuit son témoignage.


FRANCE VANLAETHEM

Depuis le début du vingtième

siècle, et même la fin

du dix-neuvième siècle,

les grandes agences américaines

contrôlent la grande commande

commerciale. Et c'est sûr

que les architectes de la

génération de D'Astous percent

ce plafond de verre.


HENRI BRILLON poursuit son témoignage.


HENRI BRILLON

C'était un Québécois Canadien

français qui obtenait un édifice

de cette envergure-là.


En séquence vidéo, ROGER D'ASTOUS s'entretient avec un JOURNALISTE.


VOIX DU JOURNALISTE

Il n'y a pas eu de concours...


ROGER D'ASTOUS

Il n'y a pas de concours...


VOIX DU JOURNALISTE

Il n'y a pas eu de contact

préalable? Vous n'étiez pas

au courant du projet?


ROGER D'ASTOUS

Non. J'en étais pas

au courant au début.


VOIX DU JOURNALISTE

Ils n'ont pas demandé

d'esquisse préliminaire?


ROGER D'ASTOUS

Non. Les esquisses

préliminaires ont été commandées

une fois que la sélection

de l'architecte a été choisie.


VOIX DU JOURNALISTE

Donc, ça vous est tombé

dessus comme la loterie

un peu, comme le gros lot?


ROGER D'ASTOUS

Quasi.


La couverture du magazine de La Presse est présentée, avec une photo de ROGER D'ASTOUS et le titre : «Roger D'Astous, architecte canadien», suivie d'une photo de ROGER D'ASTOUS devant le Château Champlain. Un croquis du bâtiment est ensuite présenté, il s'agit d'un gratte-ciel avec de nombreuses ouvertures vitrées en forme de demi-lunes.


En séquence vidéo d'archives, l'extérieur de la maison de ROGER D'ASTOUS est présenté avec le commentaire d'un journaliste.


JOURNALISTE (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

À Montréal, Roger D'Astous

vient de rénover une grande

maison et d'y emménager

avec son épouse et sa famille.


Une photo montre ROGER D'ASTOUS et deux autres hommes autour d'une grande maquette du Château Champlain.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Le premier projet était

une tour. Au centre de la tour,

il y avait un gigantesque pilier

de béton qui se terminait

en haut par des potences.


Les différents éléments mentionnés sont présentés sur une maquette.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Sur ces potences étaient

attachés des câbles qui

supportaient tous les planchers

à leur extrémité jusqu'en bas.


GUY R. LEGAULT poursuit son témoignage.


GUY R. LEGAULT

Dans l'idée de Monsieur Crump,

le nouvel hôtel du Canadien

Pacifique devait être

quelque chose. Dans

son idée, c'était un peu

l'image du Château Frontenac.

Quelque chose comme ça.


En séquence vidéo, l'Hôtel Château Frontenac à Québec est présenté, en forme, lui aussi, de château.


GUY R. LEGAULT

Et là, les architectes

ont dit : «Écoutez, nous,

on peut pas faire ça.»

«On va abandonner plutôt

que de faire quelque chose

comme ça. On pense que

ça peut pas se faire.»


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

Ça n'était pas possible

de faire quelque chose comme ça

à cette époque-là à Montréal.

Avec D'Astous en plus.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Et là, ce que Monsieur

Crump a fait, c'est qu'il

a pris l'avion et il est allé

en Angleterre rencontrer un

architecte éminent, Maxwell Fry.


Une séquence vidéo de Londres est présentée, suivie d'une photo de MAXWELL FRY.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Un architecte qui avait beaucoup

de prestige au Royaume-Uni.


Une séquence vidéo d'archives présente une parade d'hommes en tenue militaire du dix-huitième siècle à l'occasion du début des travaux du Château Champlain.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Maxwell Fry a dit : «Quand

les Romains ont construit,

quand les Grecs ont construit,

ils ont construit avec les

techniques, les matériaux

qu'ils avaient à l'époque.

Nous n'avons pas, nous, à

refaire ce qu'ils ont fait. Nous

avons des techniques nouvelles,

nous avons des programmes

nouveaux. Monsieur Crump,

écoutez, vos architectes,

ils ont raison.»

Alors Monsieur Crump est

revenu à Montréal et a dit aux

architectes : «On continue.»


Les soldats de la parade s'agenouillent et tirent en l'air avec leurs fusils.


Des séquences vidéo d'archives montrent des engins de chantier s'affairant à l'excavation sur le site du Château Champlain.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

On était en train de

faire les plans. On les a

commencés en même temps

qu'ils faisaient l'excavation.

Dans le bureau où on était, on

voyait monter les choses qu'on

était en train de dessiner.


Des séquences vidéos d'archives montrent la tour du Château Champlain en cours de construction.


MICHEL CATRICE

On faisait les plans en même

temps que ça se construisait.

Alors que normalement, on fait

les plans, on les étudie, etc.

Après ça, on va chercher des

entrepreneurs et on construit

ce qui était prévu. Tandis que

là, on faisait ça en même temps.

Maintenant, ça se fait

continuellement ça.


En séquence vidéo, ROGER D'ASTOUS observe les travaux sur le site du Château Champlain, puis d'autres séquences vidéo montrent différentes étapes de la construction, notamment des ouvriers installant des poutres au sommet.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Tant qu'on n'a pas entrepris

l'excavation, un projet n'est

encore qu'une idée. Quand

débute l'excavation, tout

commence à devenir réel.

Quand la structure s'élance

dans le ciel, qu'une silhouette

se profile dans l'espace,

c'est l'architecture en acte,

et c'est assez passionnant.

C'est l'une des plus grandes

gratifications que puisse

recevoir un architecte,

de voir ainsi son projet

se matérialiser dans l'espace.


En séquence vidéo, on aperçoit au loin le Château Champlain en construction parmi les tours du centre-ville depuis un train en marche.


JOURNALISTE (Narrateur)

Quant à la

structure elle-même, est-ce que

vous faites appel au béton,

à la structure d'acier?


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Pour plusieurs raisons,

l'acier a été choisi.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Son client a commencé par enlever

la suspension des planchers.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Vu les manques de précédents

de ce genre de système

de structure là, il a été

finalement changé pour un

système de porte-à-faux simple.


En séquence vidéo, les étages en cours de construction en porte-à-faux sont présentés, puis le bâtiment de la Gare Windsor juste à côté est montré.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

En réalité, toutes les arches

qu'il y a dans ce projet-là sont la

répétition des arches qu'il

y avait à la gare Windsor.


Une séquence vidéo actuelle montre plus en détail la façade de la gare Windsor, avec de nombreuses ouvertures en formes d'arcs. D'autres séquences vidéos montrent l'entrée du Château Champlain, puis la position de la tour parmi d'autres gratte-ciels et monuments au centre-ville de Montréal.


Un court extrait vidéo présente une vue surplombante de Montréal.


VOIX D'HOMME

C'est beau Montréal

le matin, hein?


VOIX DE FEMME

Je l'avais jamais

vu d'aussi haut.


D'autres séquences vidéos d'archives et actuelles montrent le Château Champlain sous différents angles, avec une passerelle piétonne au-dessus des routes à proximité.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Le maire Drapeau s'était

de tout temps opposé

à la construction

de passerelles au-dessus

des rues même quand la

situation le commandait.


Par la fenêtre de la pièce en hauteur du Château Champlain dans laquelle il se trouve, MICHEL CATRICE montre la Place du Canada en bas.


MICHEL CATRICE

Le premier projet,

c'était toute la largeur

de la terrasse qui s'en

allait chercher le parc.


Un dessin de ce projet est présenté, avec une passerelle partant du Château Champlain et s'étirant au-dessus du parc.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

C'est que le parc,

quand il arrive à la rue

de la Gauchetière, il y a

une dénivellation d'à peu près

une vingtaine de pieds.


Un plan indiquant les dénivellations est présenté.


GUY R. LEGAULT poursuit son témoignage.


GUY R. LEGAULT

La solution de la passerelle

se faisait naturellement.


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

Alors, pour défende son

projet, D'Astous est allé

voir, je l'accompagnais,

Lucien Saulnier.


Une séquence vidéo d'archives de LUCIEN SAULNIER, le président de la Communauté urbaine de Montréal de l'époque, est présentée.


MICHEL CATRICE

D'Astous m'a fait un signe. J'ai

sorti un plan qui était

roulé. Je l'ai étalé par

terre. Et c'était une espèce

de pont avec des arches.

Façon vieux pont de Londres.


Le plan en question est présenté.


MICHEL CATRICE

Et puis une tour gothique, etc.

Et là, Lucien Saulnier a dit :

«Ah! Ça, c'est bien. Ça,

c'est de l'architecture.»

(Riant)

Il a même rajouté : «Et l'hôtel,

on l'appellera l'Hôtel de France!»

Puis là, on a eu le permis.


Un extrait du film [mot_etranger=EN]Tangled[/mot_etranger] de 2010 de Bronwen Hughes est présenté. Dans une chambre du Château Champlain, une femme se tient face à la fenêtre en arche. La femme ouvre les rideaux, révélant la vue surplombante de Montréal par la fenêtre, qui est composée d'une grande demi-lune surmontant trois demi-lunes beaucoup plus petites. La femme allume une cigarette et fume à côté de la fenêtre.


Un plan de construction de la fenêtre est présenté, suivi d'un extrait vidéo d'une entrevue de ROGER D'ASTOUS.


ROGER D'ASTOUS

Le [mot_etranger=EN]bay-window[/mot_etranger],

ou la courbe vers l'extérieur,

donne une dimension complètement

nouvelle à la chambre, permet

également d'avoir une visibilité

de 180 degrés qu'on ne pourrait

pas avoir avec un mur droit,

donne l'équivalent aussi

d'un balcon, mais intérieur.


L'extrait du film [mot_etranger=EN]Tangled[/mot_etranger] reprend. La femme est vue depuis l'extérieur du bâtiment fumant dans la chambre, on voit ainsi la courbe de la fenêtre devant laquelle elle se tient.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Là, les ingénieurs ont vu les

architectes qui arrivaient

avec un verre bombé

pour faire des fenêtres.

Ils ont dit : «C'est-tu

bien nécessaire?

Pas moyen de faire ça

avec des pans droits?»


En séquence vidéo, la façade du Château Champlain est présentée, soulignant la courbe des fenêtres, qui s'élèvent en six rangées verticales.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Alors, Jean-Paul Pothier a eu

l'idée de dire : «Écoutez,

les architectes, on pense

que ça fait partie

de l'image du bâtiment.

Vous allez prendre le dossier

puis vous allez le soumettre

aux doyens des deux facultés

d'architecture de Montréal.»


Une séquence vidéo d'archives de l'université McGill est présentée.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

À McGill, c'était John Bland, à

Montréal, c'était Guy Desbarats.


Une photo de JOHN BLAND est présentée, suivie d'une séquence vidéo de GUY DESBARATS.


GUY R. LEGAULT

L'idée que poursuivait Pothier,

c'est de dire : «Ces gens-là

s'ils ont une approbation d'une

autorité, ils vont l'accepter.»


Une photo d'un morceau de façade avec seulement une grande fenêtre en demi-lune est présentée.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Le premier concept,

il y avait une fenêtre

qui fait toute la largeur

d'une chambre et qui va

du plafond jusqu'au plancher.


Une photo d'une partie de la façade actuelle avec une grande fenêtre en demi-lune et trois petites en dessous est présentée.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Il a fallu le modifier

parce qu'il y a un règlement

qui demandait qu'il y ait

dans les chambres tant

de pieds carrés ouvrants.

Alors, on a été obligés de faire

les trois petites fenêtres

qui existent actuellement

et qui sont ouvrables,

mais qui sont jamais ouvertes

parce que c'est climatisé.


Plusieurs séquences vidéos de la façade du Château Champlain avec les fenêtres en question sont présentées.


Des séquences vidéos de trains arrivant en gare sont présentées.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

La construction d'une station

ou la conception des espaces

où des gens tous les jours

vont circuler est un

problème d'architecture.


Une séquence vidéo du métro de Montréal est présentée.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Ce qui était l'habitude

à l'époque, c'est que dans

des travaux d'ingénierie, comme

les métros dans le monde, quand

tout avait été décidé et était

en construction, on appelait

les architectes puis on disait :

«Bien, faites-nous ça beau.»

C'était du maquillage.


En séquences vidéo d'archives, quelqu'un prend un billet de correspondance dans une distributrice, puis une sculpture commémorative indique : «Inauguration du métro de Montréal, 14 octobre 1966». Ensuite, un métro arrive à la station Beaubien.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

L'idée était que la Ville

invite les architectes

à la construction du métro

dès le début des études

et non pas à la fin.


Des plans et des photos d'archives de la station Beaubien sont présentés.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Métro Beaubien. Il y avait deux

choses pour lesquelles D'Astous

s'est battu. Il fallait que la lumière

du jour puisse arriver jusqu'au

quai. Ça, il l'a presque réussi

avec cet énorme lanterneau.


L'extérieur de la station Beaubien est présenté, avec un très grand lanterneau dont le sommet est entièrement vitré dépassant du sol.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Et il voulait qu'il n'y ait pas

de claustrophobie.

Autrement dit, qu'il y ait

un grand espace. Il y a

effectivement une énorme

voûte à caissons qui est là.


En séquence vidéo, la haute voûte de la station est présentée.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Il fallait qu'un groupe

d'avant-garde vienne ouvrir

le chemin.


Des dessins de l'intérieur et de l'extérieur de la station Beaubien sont présentés.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

D'Astous et Pothier ont été

vraiment des pionniers.


Une séquence vidéo de l'extérieur de la station est présentée.


Texte narratif :
Station de métro Beaubien Montréal 1963


Une séquence vidéo de l'extérieur du Château Champlain est présentée, avec un château d'eau en forme de bouteille de lait géante à côté.


HENRI BRILLON (Narrateur)

On l'appelait la râpe à fromage.

Mais ça, il paraît que D'Astous

portait pas ombrage à ça.


En séquences vidéo, le sommet de la tour du Château Champlain est présenté.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Le pire, c'est quand ils ont décidé,

le CPR, de faire cet étage

de mécanique en tambour

qui est sur le toit.


HENRI BRILLON poursuit son témoignage.


HENRI BRILLON

Une espèce de gros cylindre

pour cacher la mécanique.

Et ça, D'Astous,

il tempêtait là-dessus.

Il appelait ça le camembert.


HENRI BRILLON rit.


STÉPHANE D'ASTOUS poursuit son témoignage.


STÉPHANE D'ASTOUS

Il regrette beaucoup

comment la toiture de

l'immeuble s'est terminée.


HENRI BRILLON

Je sais pas comment ça se fait

que ça a abouti là, par exemple,

parce que si c'est le bureau

de D'Astous qui a fini ça

jusqu'au bout, ça veut dire

qu'on l'aurait imposé.


Une photo de ROGER D'ASTOUS et d'autres hommes devant un dessin du Château Champlain est présentée.


MICHEL CATRICE poursuit son témoignage.


MICHEL CATRICE

Ça, D'Astous était malade de

ça. Et le jour où il a vu qu'en

plus de ce camembert, il y avait

une enseigne par-dessus toute

rouge, là, il était fou furieux.

Comme il disait :


Sur la tour actuelle, le logo des hôtels «Marriott» se trouve sur le cylindre au sommet. L'image est modifiée pour montrer à la place un sommet carré avec des poutres de béton, sans enseigne.


Texte narratif :
Hôtel Château Champlain D'Astous-Pother Architectes Montréal 1964


Des séquences vidéo d'archives de l'Expo 67 sont présentées. On y voit notamment des petits trains sur des rails en hauteur qui circulent sur le site, ainsi que différents pavillons de l'exposition avec de nombreux visiteurs.


Un extrait d'un reportage de l'époque est présenté, montrant le site de l'Expo et le Pavillon chrétien.


JOURNALISTE (Narratrice)

(Propos traduits de l'anglais)

Et ici, pour la première fois

dans l'histoire d'événements

comme l'Expo, huit Églises

se sont unies pour ériger

un Pavillon chrétien en

célébration de Terre des

Hommes.


Texte narratif :
Pavillon chrétien D'Astous-Pothier Architectes Montréal 1966


À l'intérieur du pavillon, une JOURNALISTE s'entretient avec le PÈRE O'BRIEN.


JOURNALISTE

(Propos traduits de l'anglais)

On entend beaucoup parler

de voyages psychédéliques...

Vous-vous dans ce pavillon

une espèce de voyage,

de happening?


PÈRE O'BRIEN

(Propos traduits de l'anglais)

Oui, c'est certainement

un happening. Nous disons

à l'Homme moderne, voici

la vision chrétienne de

la réalité : s'impliquer

totalement dans ce monde,

aimer et servir ses frères

humains. Tel est le sens

de ce pavillon.


Le designer CHARLES GAGNON témoigne à son tour dans le pavillon.


CHARLES GAGNON

(Propos traduits de l'anglais)

Ce pavillon ne cherche

ni à informer, ni à donner

de réponses. Il vous renvoie

à vos propres questionnements.


L'extérieur du pavillon est présenté, son toit est fortement incurvé vers l'intérieur, formant un point plus bas au centre et deux côtés s'élevant en diagonale vers le ciel.


L'architecte JEAN-PAUL POTHIER s'exprime maintenant à ce sujet.


JEAN-PAUL POTHIER

(Propos traduits de l'anglais)

Cette forme est inspirée

du besoin même d'abriter

les fonctions à l'intérieur.


CHARLES GAGNON fait visiter le premier niveau du pavillon à la JOURNALISTE.


CHARLES GAGNON

(Propos traduits de l'anglais)

Le premier niveau, où nous

sommes actuellement,

s'appelle le niveau positif.

Il comprend des photos

d'événements et de personnes

qui ont existé.


De grands cylindres avec des visages découpés en plusieurs bandes horizontales sont présentés. Les différentes parties des visages tournent individuellement pour composer différents visages.


JEAN-PAUL POTHIER poursuit son explication.


JEAN-PAUL POTHIER

(Propos traduits de l'anglais)

Les présentations ne sont pas

les mêmes partout et la forme

des espaces où elles sont

disposées correspond à

l'importance de chaque pièce.

L'intention est de créer

différentes impressions.


Le deuxième niveau du pavillon, qui est en pente vers le bas, est présenté. Des photos sont accrochées aux murs des deux côtés.


CHARLES GAGNON (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le deuxième niveau, qui

est plus bas, est le niveau

négatif. Il définit l'Homme

privé d'espérance.


Des marches permettent de remonter au troisième niveau, dont les murs sont recouverts de grandes fresques.


CHARLES GAGNON (Narrateur)

(Propos traduits de l'anglais)

Le troisième niveau, appelé

réalité, est une combinaison

du positif et du négatif.

C'est le dernier niveau

du pavillon.


Au troisième niveau, la JOURNALISTE poursuit son entretien avec le PÈRE O'BRIEN.


JOURNALISTE

(Propos traduits de l'anglais)

Où est le christianisme?

Où est le Christ dans

ce pavillon?


PÈRE O'BRIEN

(Propos traduits de l'anglais)

Eh bien, notre réponse serait :

«Il est partout.»


GUY R. LEGAULT poursuit son témoignage.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Jean-Paul Pothier avait

une affection cardiaque

qu'il négligeait.

Jean-Paul m'avait dit : «Bien,

moi, je vivrai pas très vieux.»

Mais il mettait ça vers 50 ans,

55 ans. Je pense pas qu'il ait

pensé qu'il mourrait à 40 ans.


Une photo de ROGER D'ASTOUS et JEAN-PAUL POTHIER examinant ensemble une maquette est présentée, puis d'autres photos de ROGER D'ASTOUS défilent.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Ce qu'il s'est passé est que

tous les bureaux d'architectes

ont vécu la même chose.

À partir de 1968, et même

déjà de 1967, tout s'est

arrêté. Il n'y avait plus rien à

faire ou à peu près pas.

Si bien que D'Astous était

à deux doigts de la faillite.

Il était tout seul dans son

bureau. Même son bureau était

fermé. Ça a été assez dur.


Des photos de ROGER D'ASTOUS en famille, de sa femme ANASTASIA seule et d'eux ensemble se succèdent.


CHRISTIAN D'ASTOUS poursuit son témoignage.


CHRISTIAN D'ASTOUS

C'était un couple extrêmement

passionné. Ils s'aimaient

avec leur âme. C'était

vraiment magique de les voir.

Et j'ai l'impression

que cette passion-là

est devenue peut-être énorme.

Est-ce qu'un couple peut être

éternel? Je l'espère. Mais

c'était peut-être pas le cas

pour Roger et Anastasia.

Comment expliquer ça?

C'est très difficile.


BERNADETTE BRAULT poursuit son témoignage.


BERNADETTE BRAULT

Quand j'ai su qu'on

démolissait la maison, j'étais

navrée, absolument navrée,

de penser qu'un bijou

pareil... Que quelqu'un

mettrait le marteau dans

cette oeuvre-là.


Une photo de la résidence François Brault est présentée.


BERNADETTE BRAULT

(Émue)

Hum...

Enfin, c'est la vie, hein.


BERNADETTE BRAULT émet un petit rire.


Des photos d'une pelleteuse détruisant la maison sont présentées, alternant avec des photos de la famille BRAULT devant et à l'intérieur de leur maison.


Une fanfare en uniforme joue de la musique sur le site où se trouvait autrefois la maison, dont il ne reste plus qu'un pan de mur.


Dans un extrait d'émission de l'époque, sur un plateau de télévision, JEAN-PIERRE FERLAND est assis à côté de la seconde femme de ROGER D'ASTOUS, MICHELINE D'ASTOUS. Le public applaudit chaleureusement.


JEAN-PIERRE FERLAND

Ah! Bien, c'est pas mal.

C'est pas mal. Pour un petit

Québécois, c'est pas mal.


JEAN-PIERRE FERLAND rit, puis se tourne vers MICHELINE D'ASTOUS.


JEAN-PIERRE FERLAND

Bonjour, ma chère

Micheline D'Astous.


MICHELINE D'ASTOUS

Bonjour, Jean-Pierre Ferland.


JEAN-PIERRE FERLAND

On se connaît depuis

bien longtemps, nous.


MICHELINE D'ASTOUS

Oui.


JEAN-PIERRE FERLAND

Oui.


Des photos du mariage de ROGER et MICHELINE D'ASTOUS sont présentées. MICHELINE D'ASTOUS porte une robe ressemblant à une cotte de mailles avec un capuchon.


STÉPHANE D'ASTOUS poursuit son témoignage.


STÉPHANE D'ASTOUS

Quand papa a refait sa vie

avec Micheline Valois,

sa deuxième femme, je pense

qu'il... C'était un tournant

dans sa carrière personnelle.

Je pense que c'était un

deuxième coup de départ.


FRANCINE GRIMALDI témoigne.


FRANCINE GRIMALDI

Bon, Roger était peut-être un

peu extravagant, mais Micheline,

alors là. Écoute, se teindre les

cheveux en vert, non seulement

de la tête, mais jusqu'au pubis.

Je veux dire, des folies de

même. Je veux dire, c'était fou.


Un extrait vidéo d'une émission télé montre MICHELINE D'ASTOUS, les cheveux teints en roux, dansant sur de la musique orientale, en tenue de danseuse du ventre.


STÉPHANE D'ASTOUS

Puis je pense que Micheline

qui était un peu plus jeune,

aussi, d'âge, lui apportait

cette énergie-là. Donc, papa,

je pense qu'il a porté cette

énergie-là vers cette... Il

était plus décontracté, disons.


Une photo montre ROGER et MICHELINE D'ASTOUS portant de grandes robes amples oranges, puis de nombreuses autres photos de ROGER D'ASTOUS dans des robes similaires avec des motifs colorés sont défilent.


MICHELINE D'ASTOUS (Narratrice)

On enlève le voile puis ses

linges en pivotant. Youpi!


Des photos de l'architecte LUC DURAND à différents âges sont présentées.


YVES DESCHAMPS (Narrateur)

C'est quelqu'un, Durand,

qui a une expérience tout à fait

intéressante parce que

c'est une expérience

de travail international,

formation internationale,

travail dans des pays,

à l'époque, du tiers monde.


Une photo d'archives d'un bâtiment est présentée. Au centre, le toit s'élève en hauteur, et sur les côtés, il est incurvé vers l'intérieur.


Texte narratif :
Pavillon Air India New Delhi 1961


Une photo d'archives d'un autre bâtiment est présentée. Celui-ci a la forme d'une sorte de coupole posée au sol et ouverte sur les côtés.


Texte narratif :
Pavillon [mot_etranger=EN]State Trading[/mot_etranger

New Delhi 1959]


YVES DESCHAMPS poursuit son témoignage.


YVES DESCHAMPS

Aujourd'hui, je sais pas

si on dirait une

chose pareille de l'Inde.

Quelqu'un de, par rapport

à la profession québécoise,

d'un petit peu excentrique.


Un extrait d'entretien de LUC DURAND, alors architecte à l'École d'architecture de l'Université Laval, est présenté.


LUC DURAND

D'abord, l'architecture, j'y

crois pas. Ça paraît peut-être

drôle de dire ça même si je

suis à direction d'une école

d'architecture. C'est que

l'architecture traditionnelle,

comme les arts traditionnels,

genre beaux-arts,

je n'y crois plus du tout.


Une photo de classe avec des jeunes hommes en costume cravate est présentée.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

Durand a étudié au

Mont-Saint-Louis comme D'Astous.

Luc Durand, lui, a aussi eu

une formation bien différente

de celle de D'Astous.


Une photo montre LUC DURAND à côté d'une maquette, puis dans une autre photo, LUC DURAND se tient au sommet d'une petite structure arrondie avec un pan vitré.


GUY R. LEGAULT poursuit son témoignage.


GUY R. LEGAULT

Durand a étudié en Europe.

Il était beaucoup plus près

des expériences de Le Corbusier

puis de ce qui se passait

dans ce milieu-là.


YVES DESCHAMPS poursuit son témoignage.


YVES DESCHAMPS

... qui est un travail qui est

tout à fait dans la tradition du

mouvement moderne international.

«Il faut construire en hauteur,

il faut densifier la ville,

etc.» Bon.


Une photo d'archives de la sortie du métro Frontenac est présentée.


Texte narratif :
Place Frontenac Montréal 1969


Une photo d'archives avec deux grandes tours côte à côte est présentée.


Texte narratif :
Place Dupuis Montréal 1971


Une publicité faite par l'Office du Film du Québec pour le pavillon du Québec à l'Expo 67 est présentée. Une femme élégante se trouve à l'arrière d'une voiture et fait non de la tête à un homme en costume qui lui propose quelque chose par la fenêtre.


LUC DURAND (Narrateur)

On s'est retrouvés sur les

terrains de l'Expo.

Moi, je faisais le pavillon du

Québec avec Meder et l'équipe de

Papineau Gérin-Lajoie Le Blanc.


La voiture redémarre et l'homme en costume court après en tendant un manteau de fourrure à la femme, mais celle-ci refuse et la voiture s'éloigne.


ANIMATEUR TÉLÉ (Narrateur)

Ne laissez

rien vous arrêter.

Visitez votre pavillon.


La voiture s'arrête et la femme élégante regarde le Pavillon du Québec par la fenêtre. Il s'agit d'un grand cube de verre soutenu par des piliers. La femme pousse une exclamation d'émerveillement.


ANIMATEUR TÉLÉ (Narrateur)

Vous serez encore plus

fiers d'être du Québec.


Un drapeau du Québec flotte au vent.


Dans un bureau, LUC DURAND, maintenant âgé, témoigne.


LUC DURAND

Et on a essayé de travailler

ensemble, mais on n'avait pas

de projet commun.

Et c'est venu sur le tard.


En séquence vidéo, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'été de 1976 à Montréal, deux jeunes coureurs apportent la flamme et la présentent à la foule, avant d'allumer le flambeau olympique.


Les témoignages de MICHEL CATRICE, LUC DURAND et GUY R. LEGAULT s'alternent.


MICHEL CATRICE

Il y avait un de ses anciens

clients qui l'a appelé.


LUC DURAND

D'Astous avait déjà

travaillé avec lui.


MICHEL CATRICE

Et puis, il dit : «On va

présenter quelque chose.»


LUC DURAND

Roger dit : «Bien, écoute,

on se met ensemble pis on

fait le Village olympique.

On va avoir du plaisir.»


MICHEL CATRICE

Et là, ça a été comme

une espèce de renouveau

dans le bureau. Au début,

on était juste tous les trois.


Des photos de différentes épreuves des Jeux olympiques défilent.


LUC DURAND

On savait qu'on devait

loger 12 000 athlètes.

Il y avait des cuisines

en quantité.

Il y avait des cliniques

de surveillance médicale.

Tout ça devait rentrer dans un

lieu. En l'espace de 15 jours,

ils sont tous installés. Ils

restent là 15 jours, 3 semaines,

ensuite, ils repartent.


GUY R. LEGAULT

Il fallait éviter

le monumentalisme et essayer

de trouver une expression ou

une façon de faire un village

olympique où les bâtiments

seraient, disons, à la mesure

ou à l'échelle de bâtiments

résidentiels convenus.


LUC DURAND

Et c'était pas un concours.

C'était loin d'être un

concours ouvert. C'était

par tractations individuelles.

On ne savait pas trop,

mais on savait certaines

choses des autres projets.


Un dessin d'un autre projet pour le Village olympique est présenté.


Texte narratif :
Projet pour un Village olympique Larose-Laliberté-Petrucci Architectes 1973


Des croquis d'un autre projet sont présentés.


Texte narratif :
Projet pour un Village olympique Université de Montréal 1973


GUY R. LEGAULT

De faire un village où

il y aurait différents

emplacements dans le quartier

environnant les Jeux olympiques

et où il y aurait des bâtiments

de différents types. C'était la

recommandation que je faisais.

Bon, évidemment, je me suis

pas fait un ami du maire à ce

moment-là. Comme j'ai dit :

«J'ai bien failli perdre ma job.»


LUC DURAND

Déjà, le maire, quand il est

venu à notre bureau, et il est

venu une fois, il nous a parlé

de son goût pour la chose.


En séquence vidéo, le maire de l'époque, JEAN DRAPEAU, agite le drapeau olympique lors de la cérémonie d'ouverture.


LUC DURAND

Il fallait que ce soit

à l'échelle du monde.

Il fallait que ce soit

extrêmement représentatif. On

avait déjà réussi la chose avec

l'Expo 67. On était capable de

le faire. Alors, il nous disait :

«Il faut faire quelque

chose de fulgurant.»

Et c'était ses termes.


En séquence vidéo d'archives, le Village olympique de Montréal est présenté, avec deux grandes tours de forme pyramidale l'une à côté de l'autre.


En séquence vidéo actuelle, LUC DURAND marche sur une terrasse de l'une des pyramides, avec vue sur de nombreux édifices symboliques de Montréal : le pont Jacques-Cartier, le Stade olympique, et au loin toutes les tours du centre-ville.


Une séquence vidéo d'archives du Taj Mahal est présentée.


LUC DURAND (Narrateur)

C'est un hôtel

tout prêt du temple d'Agra,

le Taj Mahal, où il passe

des foules et des foules

de gens qui vont là.

Et je voulais faire un hôtel

qui soit ventilé naturellement

et non pas air conditionné.


Des plans des bâtiments sont présentés.


LUC DURAND (Narrateur)

Et la seule façon, c'était

de faire des bâtiments

à ventilation transversale.

Et puis on circule sur

des coursives à l'abri

l'une de l'autre en faisant

des coursives superposées.


Une séquence vidéo d'un motel aux États-Unis est présentée.


LUC DURAND (Narrateur)

On voit des motels qui sont

faits comme ça, en Floride

un peu partout, sur deux

niveaux. Ça, ça fonctionne bien,

mais sur cinq niveaux, ça

ne s'était pas fait encore.


Un dessin des bâtiments est présenté, ils ont la forme de deux pyramides à cinq étages avec un sommet plat.


LUC DURAND (Narrateur)

Alors, je savais que

l'expérience que je faisais

là-bas, elle allait

se transposer quelque part.


Des photos des pyramides du Village olympique sont présentées.


Texte narratif :
Village olympique D'Astous-Durand Architectes Montréal 1974


LUC DURAND (Narrateur)

Une fois acquise,

cette expérience,

elle est applicable partout.


Une photo montre LUC DURAND et ROGER D'ASTOUS qui sourient en regardant une maquette des pyramides olympiques.


STÉPHANE D'ASTOUS poursuit son témoignage.


STÉPHANE D'ASTOUS

Lorsque Luc et papa ont

décroché le contrat, évidemment,

comme toute réalisation

olympique, c'est toujours

une course contre la montre.

(Souriant)

Il y a beaucoup de monde qui

sont venus travailler chez nous.

Il fallait faire attention

où on marchait parce qu'il

y avait un mouvement

constant dans les bureaux.


MICHEL CATRICE

On n'a jamais dépassé 12

personnes pour faire tout ça.


LUC DURAND

D'Astous avait sa table. Moi,

j'avais la mienne. On était

face à face. Et on parlait peu,

très peu. On échangeait des

croquis. On faisait avancer

les choses comme ça.


Des croquis des pyramides sont présentés.


LUC DURAND

Avec D'Astous, c'est très

simple. Quand il veut pas

une chose, il la veut pas,

c'est tout. On n'a pas besoin

d'explications longtemps.

Et quand il accepte,

ça marche tout de suite.

Ça a été une collaboration

extraordinaire.


CHRISTIAN D'ASTOUS poursuit son témoignage.


CHRISTIAN D'ASTOUS

Dans les années 1960, mes

parents avaient des cocktails

(mot_etranger=EN]partys[/mot_etranger)

. Mais là, c'était

des méchouis ou des trucs

comme ça autour de la piscine.


Une photo de la maison avec la piscine à l'arrière est présentée, suivie de photos de gens rassemblés là pour faire la fête à différentes occasions. Sur l'une d'elles, ROGER D'ASTOUS et LUC DURAND se tiennent en maillot de bain à côté de l'agneau qui rôtit.


CHRISTIAN D'ASTOUS (Narrateur)

Papa invitait des amis et

puis il embrochait l'agneau.

Et c'était la fête.

C'était vraiment la fête.

Donc, Luc Durand était là,

Mousseau venait, tous ses amis

artistes. Et c'étaient des gens

qui savaient bien fêter.


Un autre fils de ROGER D'ASTOUS, MARC-OLIVIER D'ASTOUS, témoigne.


MARC-OLIVER D'ASTOUS

Lorsque le méchoui était prêt,

il y avait une parade.

(Riant)

C'était un rituel finalement.

Un peu comme il y en a toujours

eu, surtout autour de la

préparation de la viande.


FRANCINE GRIMALDI poursuit son témoignage.


FRANCINE GRIMALDI

C'étaient des rencontres

absolument dynamiques,

merveilleuses et intéressantes

tout le temps. Tout en buvant

beaucoup, en faisant des

méchouis insensés et orgiaques.

La vie. Il y avait

beaucoup de vie.


D'autres photos de fêtes sont présentées, sur plusieurs d'entre elles, des femmes en maillot de bain portent le méchoui le long de la piscine. Des invités jouent également de la musique sur des instruments bricolés autour de la piscine. Sur toutes les photos, ROGER D'ASTOUS sourit très largement.


MARC-OLIVER D'ASTOUS

C'est pas les Scandinaves,

leur paradis, le Valhalla,

c'est un banquet où est-ce

qu'on mange, puis on boit,

puis on fait la fête?

Ça en dit beaucoup

pour un au-delà. Bien,

eux autres, c'était...

(Riant)

Il le vivait périodiquement

comme ça l'été.


En séquence vidéo actuelle, LUC DURAND marche sur une coursive extérieure de l'une des pyramides olympiques.


LUC DURAND (Narrateur)

On avait un

souci, c'était la sécurité.

Et on ne voulait pas de corridor

intérieur. Les corridors qui

sont difficiles à surveiller.

On a donc regardé la possibilité

de faire des logements où on

pourrait voir toutes les portes

depuis un point de vue.


Le plan de l'extérieur d'une pyramide est présenté. Celle-ci est construite en escalier, avec une terrasse à chaque extrémité.


LUC DURAND (Narrateur)

Quand il y a un feu,

un escalier extérieur,

c'est ce qui est idéal.

Il y a pas de fumée, il y a pas

de cage d'escalier bloquée.

Et pour des athlètes,

c'était fantastique. Descendre

19 étages, monter 19 étages

avec des escaliers faits

sous forme d'escalier de jardin.


LUC DURAND descend les escaliers en question.


LUC DURAND (Narrateur)

Des marches très longues,

assez basses.

L'architecture des parapets,

c'est un parapet qui rejette

le vent pour créer un Venturi de

façon à ce que la neige rentre

pas dans les coursives.


Un croquis avec une animation montre la manière dont les parapets incurvés le long des coursives repoussent les flocons de neige.


LUC DURAND (Narrateur)

Le vent pousse et rejette

constamment la neige.


Un plan montre l'endroit où les deux pyramides se rejoignent.


LUC DURAND (Narrateur)

La grande difficulté, ça a été

la rencontre des deux pyramides.

Il avait un faux angle là qu'il

fallait rétablir. Et D'Astous

était très bon là-dedans.

Il avait travaillé

avec Frank Lloyd Wright.

Les bâtiments tout croches.


Une séquence vidéo montre la petite pyramide vitrée au pied des deux énormes pyramides.


LUC DURAND (Narrateur)

Alors, il a réussi à faire

un succès de cette rencontre

et c'est devenu la piscine.


La piscine en dessous de la pyramide vitrée est présentée.


GUY R. LEGAULT

Les Jeux ont lieu en

juillet 1976 puis on est

en 1974. Il n'y a rien de fait.


LUC DURAND

On avait 18 mois

pour exécuter tout ça.


GUY R. LEGAULT

Qu'est-ce que vous faites?

C'est que là, vous êtes...

C'est l'épouvante.

Alors, n'importe quel moyen

est bon. Puis là, on lance les

gens à l'oeuvre. Mais on n'a pas

le temps d'avoir des instruments

de contrôle sur les prix

et sur la fabrication

des installations.


Des photos des travaux de construction du Village olympique défilent.


LUC DURAND (Narrateur)

On était dans une ambiance

difficile avec des syndicats

compliqués. Du grabuge au

point de vue de l'organisation.

Des entreprises qui tiraient

toutes la couverture de

leur côté. Ils mettaient

de l'argent dans leurs poches.

Alors, les prix ont commencé

à monter, monter, monter.

C'était une occasion

pour tout le monde de faire

de l'argent. Tout le monde.


Une coupure de journal de La Presse intitulée: «Nouvelle série de perquisitions» est présentée.


LUC DURAND

Tous nos documents. Ils ont vidé

le bureau de tous les documents.

On était en chantier, en fait,

et les documents qui étaient

au chantier ont été saisis

aussi. Des caisses et des

caisses sont parties.

Et il fallait continuer.


Une photo de ROGER D'ASTOUS se tenant au sommet d'une des pyramides est présentée.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

À ce moment-là, il n'était pas

déprimé, non. Fataliste

un peu. Furieux surtout.

Il était furieux. «Qu'est-ce

qu'ils viennent? On n'est pas

responsables de ci, on n'est

pas responsables de ça.»


Une autre photo montre ROGER D'ASTOUS s'entretenant avec une journaliste.


LUC DURAND (Narrateur)

C'est un brouillard assez

considérable.


Un extrait du film [langue_etrangere=EN]The Sloane Affaire[/langue_etranger] de 1972 de Douglas Jackson est présenté. Une voiture s'arrête près d'une maison, quelqu'un fouille dans des tiroirs, puis la voiture repart.


LUC DURAND (Narrateur)

Là, c'était la cour.

On était à la cour.

Il fallait qu'on aille

se défendre. On savait pas

de quoi on était accusés.

On a passé trois ans

à répondre.


D'autres voitures s'approchent de la maison et plusieurs hommes en descendent. Un homme inspecte un bateau amarré devant la maison en prenant des notes.


LUC DURAND (Narrateur)

On nous soupçonnait

d'avoir parti pris

avec toutes les entreprises

et les sous-entreprises

qu'il y avait sur le chantier

à l'effet qu'il fallait

rallonger les factures,

augmenter les quantités.


Des hommes sortent avec des boîtes en carton de la maison.


LUC DURAND (Narrateur)

Il n'y avait rien de tout ça.


L'extérieur de la maison est présenté, celle-ci a une forme triangulaire avec un toit qui descend jusqu'au sol. Une grande piscine de forme similaire se trouve sur le côté.


Texte narratif :
Résidence Fred Snyder Beaconsfield 1965


Les pyramides du Village olympique sont présentées sous différents angles.


LUC DURAND (Narrateur)

L'ennui, c'est qu'on

ne travaille plus.

Il n'y a plus un client qui

voulait nous voir. On était

dans les journaux partout.


Un article de journal du vendredi 29 février 1980 est présenté, intitulé : «Zappia et ses associés libérés». Une partie du texte est mise de l'avant : « ... les architectes Roger D'Astous et Lucien Durand, ont tous été libérés hier, au stade d'une enquête préliminaire avec ordonnance de non-publication, de la double accusation d'avoir fraudé le Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO) pour une somme de 256 000 dollars et d'avoir comploté dans ce dessein.»


LUC DURAND (Narrateur)

Moralement parlant, on pouvait

par la suite dire à nos clients :

«Blanchis de tout blâme.»

Mais le mal était fait, oui.


MICHEL CATRICE

D'Astous et Durand

se sont séparés.

Là, D'Astous n'a fait

que des résidences.

Une à la fois, tranquillement,

on a fait des résidences.


RICHARD SILBERT, le propriétaire d'une maison construite par ROGER D'ASTOUS, témoigne dans son salon.


RICHARD SILBERT

Peut-être deux, trois semaines

après qu'on soit arrivés,

un monsieur, dans l'entrée,

dimanche matin comme ça,

se promène, regarde la

maison, regarde le terrain,

cigarette au coin des lèvres.

Je sors de la maison et je me

présente, il se présente. Il

dit : «Je suis Roger...». Non,

il me dit : «Je suis D'Astous.»

«Ah! Vous êtes D'Astous?» Il dit :

«Oui, Roger D'Astous. C'est moi

qui ai dessiné cette maison.»


L'extérieur de la maison est présenté, celle-ci a des allures de chalet, avec des murs boisés et des toits en tuile.


RICHARD SILBERT

Il me dit : «Est-ce que

je peux la visiter?» J'ai dit :

«Vous en êtes le père. Donc,

comme n'importe quel père, vous

avez des droits de visite.»

On s'est senti une affinité

l'un pour l'autre.


D'un côté de la maison, toute la pente du toit est vitrée, formant une sorte de vaste véranda à l'intérieur.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

Cette maison a été fabriquée

autour d'un escalier.

Un escalier qui avait

de la vitre tout autour

pour attraper du soleil.


La grande cage d'escalier de la maison est présentée, là aussi la pente du toit au-dessus est vitrée.


MICHEL CATRICE (Narrateur)

En bas de l'escalier,

complètement en bas, il y avait

de l'eau avec des pierres. Et le

soleil chauffait ces pierres-là.

Et toute la maison s'est

développée autour de ça.

C'est une affaire entendue qu'il

y avait quand même du chauffage

et de l'isolation, etc. Mais

il y a énormément, énormément de

vitrage pour profiter du soleil.

C'est la maison solaire.


L'extérieur de la maison est présenté sous différents angles, montrant l'imbrication complexe de différentes formes et matériaux, notamment des pierres, des vitres et du bois.


Texte narratif :
Résidence Yves Corbeil Île Cadieux 1984


RICHARD SILBERT (Narrateur)

Le mariage entre l'intérieur

de la maison, l'extérieur.

On sait pas exactement

où la maison se termine,

où la nature se termine.


La maison est montrée de loin l'hiver, se fondant parmi les arbres dans le paysage enneigé.


RICHARD SILBERT (Narrateur)

Tout est interrelié

dans ses maisons et il

m'expliquait l'importance de

vivre en accord avec la nature,

d'utiliser des matériaux

qui sont nobles, mais qui sont

en même temps de la région

pour ne pas imposer la main

de l'homme sur la nature

d'une façon trop lourde.


Des photos de l'extérieur de la maison de ROGER D'ASTOUS sont présentées.


STÉPHANE D'ASTOUS (Narrateur)

Tous les ans ou à tous les

deux ans, il avait un projet.

Dans le salon, à un moment

donné, mon père a dit :

«Je défonce ce mur-là

et je fais une verrière.»


Des photos de la maison avec la verrière intégrée sont présentées, d'abord de l'extérieur, puis de l'intérieur. Dans le salon, MICHELINE D'ASTOUS est assise dans un fauteuil avec un perroquet près d'un feu de bois. De nombreuses plantes sont posées et suspendues à côté de la verrière.


FRANCINE GRIMALDI poursuit son témoignage.


FRANCINE GRIMALDI

Roger D'Astous faisait

vivre sa maison. Sa maison

était pleine de choses

vivantes, de plantes

d'animaux et des perroquets.

Le hibou à part ça. Ils avaient

sauvé un petit hibou.

Et je pense que c'était

pas légal, mais en tout cas.

Tout était pour jouir

de la vie chez eux.


Une photo montre la famille D'ASTOUS rassemblée pour manger à la table de la cuisine.


STÉPHANE D'ASTOUS poursuit son témoignage.


STÉPHANE D'ASTOUS

Papa était un amateur

d'astronomie. Et papa a décidé

de faire un observatoire.


Un enregistrement vidéo du premier juillet 1994 est présenté, montrant l'aménagement décrit par STÉPHANE D'ASTOUS.


STÉPHANE D'ASTOUS (Narrateur)

Scier horizontalement

la toiture, la lever de deux

pieds et mettre des fenêtres

en bandeau de la maison.

Mais c'était pas suffisant ça.


Un autre enregistrement vidéo de la même date montre la maison de l'extérieur, avec une bulle transparente installée sur le toit.


STÉPHANE D'ASTOUS (Narrateur)

Il a décidé finalement

de tailler une bulle

de Plexiglas qu'il a faite

sur mesure, peut-être

de 5 pieds de diamètre,

qui a été par la suite

coupée en deux pour qu'on

puisse ouvrir cette capsule.


Une photo de l'intérieur de l'observatoire est présentée, avec une échelle menant à la capsule, suivie d'une photo de MICHELINE D'ASTOUS et d'un enfant, sortant la tête de la capsule ouverte sur le toit. Un croquis montre ensuite un homme assis dans la capsule, avec une planche sur laquelle est installé un télescope.


STÉPHANE D'ASTOUS

Et il avait patenté,

parce que c'est le bon terme,

patenté une planche de support

pour mettre son télescope.

Et c'était son observatoire.


Des images de la lune à différentes phases se découpant dans le ciel nocturne sont présentées.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

C'est à travers l'immensité

du cosmos qu'on peut réaliser

les choses non importantes

d'une vie. Et quand les choses

vont mal, bien, on se resitue

dans tout ce temps-là.

C'est curieux, mais on dirait

que les choses, même les pires,

sont bénignes à ce moment-là.

Ça rend, je crois,

l'homme modeste.


Une maison au bord de l'eau est présentée.


Texte narratif :
Résidence Richard Gagné St-Anicet 1985


MICHEL CATRICE (Narrateur)

C'était une vieille maison

qui était là au bord de l'eau.

Le propriétaire a demandé

à D'Astous de faire un

agrandissement et d'avoir

une piscine intérieure.

Alors, D'Astous a fait une

maison dans laquelle l'originale

disparaît complètement.


À l'extrémité de la maison, le toit pyramidal s'avance dans la longueur, formant une pointe. À plusieurs endroits, le toit est percé de vastes baies vitrées. Dans la maison, une grande piscine intérieure se déploie sous le toit vitré.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Que ce soit une maison ou

que ce soit n'importe quel

bâtiment architectural, mon

principe a toujours été que

l'intérieur est la première

découverte à faire.

C'est la première femme

à damner parce que c'est

celle qui, comme un

habit, par exemple,

va abriller celui qui va

le porter, celui qui

va vivre dans la maison.


Au-dessus de la piscine, le bâtiment est structuré par de grandes poutres en bois et de nombreuses plantes sont alignées le long des baies vitrées.


ROGER D'ASTOUS (Narrateur)

Une fois cette solution-là

trouvée, l'extérieur devient la

conséquence de cette chose-là.

Elle doit la continuer

également, elle doit

la parfaire encore.

Elle peut la sublimer, même.

Mais il reste quand même

que dans l'évolution de

la découverte des formes,

c'est l'intérieur qui

doit prédominer d'abord.


La pièce avec la piscine s'ouvre sans réelle séparation sur un salon et une cuisine.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

C'est une forme qui est très,

très dynamique. Et c'est une

architecture coup-de-poing.

Un peu comme le projet qu'il

avait présenté pour l'hôtel

de ville de Laval qui était

un projet très, très sculptural.


Un croquis de ce projet est présenté, montrant une structure à la forme abstraite et angulaire surplombant une base irrégulière. Une photo de ROGER D'ASTOUS à côté d'une maquette similaire est ensuite présentée.


GUY R. LEGAULT (Narrateur)

D'Astous était très près

de la sculpture. Beaucoup de

ses projets sont des sculptures.


En séquence vidéo, un homme ramasse des branches et les place dans un feu dans l'herbe au bord d'un lac.


ROBERT GAGNÉ (Narrateur)

Il s'est assis sur une souche à

l'extrémité de mon terrain

et il m'a dit : «Laissez-moi

réfléchir ici et vaquez à vos

occupations.» Je me suis mis

à ramasser des branches.

J'ai commencé à faire un feu

en me disant : Bon, bien,

ça fera ça au moins de fait.


Assis dans son salon, ROBERT GAGNÉ, le propriétaire d'une maison réalisée par ROGER D'ASTOUS, témoigne.


ROBERT GAGNÉ

Après deux heures,

je me dirige vers lui.

Il était encore assis.

Et je le vois encore avec

sa petite brindille de paille

au bord de la bouche.

Il dit : «J'ai votre maison

devant moi et elle sera là.»


ROBERT GAGNÉ pointe une direction du doigt.


L'extérieur de la maison est présenté. Elle a elle aussi des allures de chalet, sur plusieurs étages avec des toits surplombants et des murs entièrement vitrés.


ROBERT GAGNÉ (Narrateur)

C'était l'entrepreneur plombier.

Il me dit : «Bien, montrez-moi

les plans de plomberie.»


Un plan très détaillé et complexe de la maison est présenté.


ROBERT GAGNÉ (Narrateur)

Alors, j'amène mon rouleau

de plan et je lui montre.

Là, il me dit : «Écoutez,

monsieur, je voulais juste

voir le plan de plomberie.»

Là, j'ai dit : C'est parce que

c'est à l'intérieur du plan

général que j'ai, là. Il y a

quelques pages.


Différentes pages du plan avec les parties de la maison défilent.


ROBERT GAGNÉ

Il dit : «Je me demande

si c'est une maison

que vous construisez

ou une petite école.

Mais j'ai jamais vu ça, là.»

Tout le monde avait peur de

ce projet. Alors, je me suis mis

en tête de le réaliser moi-même.


Des polaroids montrant les étapes de la construction d'avril à juin 1987 sont présentés.


La maison est présentée l'hiver, dans le paysage recouvert de neige.


ROBERT GAGNÉ

On venait réaliser une pensée

magique que notre architecte

a réussi à comprendre,

à dénicher le petit détail

que je recherchais. Puis moi,

j'essayais de faire le plus

possible pour le réaliser,

le petit détail qu'il me

demandait de réaliser.


La maison de ROBERT GAGNÉ est présentée sous différents angles.


JOURNALISTE (Narrateur)

Quelle a été, à travers toutes

vos réalisations, et Dieu sait

que vous en avez depuis

le début de votre carrière,

votre plus grande satisfaction?

Quelle est la structure

que vous avez inventée,

si vous voulez, réalisée,

qui vous a le plus satisfait?


En séquence vidéo, ROGER D'ASTOUS réfléchit à la question, assis à son bureau.


ROBERT GAGNÉ (Narrateur)

Je pense que lui, et comme

moi, avons l'un et l'autre été

touchés par notre relation

parce qu'on se complémentait.

On se respectait.

C'est un artiste qui vient

mettre un bout d'âme dans

la façon dont on va vivre.


ROBERT GAGNÉ se déplace dans sa maison et ajoute des bûches pour alimenter le feu dans la cheminée du salon.


ROBERT GAGNÉ (Narrateur)

Dans la façon dont va

littéralement marcher

à l'intérieur de la maison.

La volumétrie des lieux,

la proportion des espaces,

devient importante.


La cage d'escalier boisée est présentée, avec de nombreuses poutres structurant l'espace. Une chambre est ensuite montrée, avec de grandes baies vitrées sur les côtés et un puits de lumière aménagé dans le toit.


Une autre maison est présentée au milieu d'un paysage enneigé.


Texte narratif :
Résidence Norbert-Gagné Lac Memphrémagog 1987


ROBERT GAGNÉ poursuit son témoignage dans le salon de sa maison.


ROBERT GAGNÉ

Je le vois encore entrer puis

il se mettait au centre de la

maison puis il regardait. Puis

il disait : «C'est beau, hein?

C'est une belle maison, hein?

Wow!»

(Ému)

Moi aussi.


Assis à son bureau, ROGER D'ASTOUS répond à la question du JOURNALISTE.


ROGER D'ASTOUS

Les projets qui sont

le plus satisfaisants

sont sûrement les cas où

le dialogue entre le client et

l'architecte a été très serré.


RICHARD SILBERT poursuit son témoignage.


RICHARD SILBERT

Ça, j'ai senti de la tristesse

quand il m'a dit ça,

qu'il déménageait, avant

sa mort, qu'il allait vivre

à Laval dans un condo.


Un autre enregistrement vidéo du premier juillet 1994 est présenté, montrant l'extérieur de la maison de ROGER D'ASTOUS.


RICHARD SILBERT (Narrateur)

Pour quelqu'un qui a

dessiné tellement de

belles maisons et des gens

profitaient de son talent...

... que lui-même n'ait pas

fini ses jours dans quelque

chose que lui avait dessiné,

c'est un peu triste.


L'enregistrement vidéo montre un énorme camion manoeuvrant devant la maison.


RICHARD SILBERT (Narrateur)

Les années 80 ont été des

années difficiles. Il y a eu

une crise économique.

Les taux d'intérêt avaient

grimpé à 16% puis 18% et

personne n'était prêt à

construire et... Les projets

de D'Astous étaient dispendieux.

Faut pas se le cacher.

C'était toujours des matériaux

de première classe. Et il aimait

pas couper les coins évidemment.


Le camion peine à sortir de l'allée en pente de la maison et à tourner sur la route. Des policiers barrent la rue pour l'aider et des badauds s'attroupent pour regarder la manœuvre.


RICHARD SILBERT (Narrateur)

C'est une période où,

au point de vue économique,

probablement que c'était

difficile pour lui d'être

obligé de vendre ses œuvres

qu'il avait ramassées à travers

sa vie. Vendre la maison où

il avait travaillé et vécu parce

que son studio était chez lui

à Outremont. C'était une fin

un peu tragique et triste pour

cet homme plein de talent et

de génie.


Le conducteur du camion finit par détacher la cabine de la remorque pour pouvoir sortir de l'allée, avant de se rattacher à la remorque. De la fumée s'échappe du moteur, qui peine à redémarrer. Le camion finit par réussir à repartir.


Assis dans leur salon, FRANCINE FRIGON et GAÉTAN DELORME, propriétaires d'une maison construite par ROGER D'ASTOUS, témoignent.


FRANCINE FRIGON

On l'a vue depuis le lac.


GAÉTAN DELORME

On est tombés en amour avec...


FRANCINE FRIGON

L'architecture de la maison.


GAÉTAN DELORME

Exactement.

On est allés cogner

à la porte tout simplement,

rencontrer Monsieur Gagné,

et on lui a demandé quel

architecte avait fait sa maison.


FRANCINE FRIGON

Le plus qu'il nous parlait

de Monsieur D'Astous, le plus

on voulait le rencontrer.


GAÉTAN DELORME

Je l'ai appelé.

Il hésitait beaucoup.

Je ne sais pas exactement ce qui

l'a motivé. On s'est rencontrés

dans un bar de Magog un beau

soir d'été. Roger D'Astous est

arrivé en convertible avec...


FRANCINE FRIGON

Cheveux au vent.


GAÉTAN DELORME

Cheveux au vent.


FRANCINE FRIGON

Assez impressionnant. Il avait

des grosses bagues. Plus très

jeune, mais un foulard alentour

du cou. Bon, la décapotable.


GAÉTAN DELORME

Les colliers...

Et qui t'envoie la main

parce qu'il voit bien que

c'est nous qui l'attendons.


FRANCINE FRIGON

(Riant)

Oui.


GAÉTAN DELORME

Ma remarque à Francine,

ça a été : «Je suis pas

certain que c'est lui

qui va construire ma maison.»


FRANCINE FRIGON rit à nouveau.


GAÉTAN DELORME

Il faut vous dire que nous,

on ne connaissait pas Roger

D'Astous à ce moment-là.

Mais après avoir vu toutes

les réalisations qu'il a

faites tout au long de sa vie...

... tout le monde, n'importe

qui, avait un respect illimité.

À partir de là, on lui faisait

confiance aveuglément.

Un mois plus tard,

il est revenu avec son fils.

Une demi-journée sur le terrain.


Un plan d'ensemble de la maison par rapport au terrain est présenté, suivi d'un plan plus détaillé.


MARC-OLIVER D'ASTOUS poursuit son témoignage.


MARC-OLIVER D'ASTOUS

Il y a toujours comme

une sorte d'équilibre entre

la lumière qu'on a au-dessus

de la forêt, la lumière qu'on va

retrouver dans le sous-bois puis

la lumière qu'on va retrouver

au sol. S'il y a pas d'arbres

en haut, il va y avoir une

grosse couche arbustive ou

proportionnellement une petite

couche herbacée au sol.

Il se demandait...

Il voulait essayer de minimiser

comme ça, les interventions

pour justement garder comme ça

l'effet sous-bois.

Cet aspect-là, vraiment

forêt naturelle.


La maison est montrée de l'extérieur, avec les matériaux qui se fondent dans la forêt environnante.


Dans le salon, FRANCINE FRIGON et GAÉTAN DELORME poursuivent leur témoignage.


FRANCINE FRIGON

La première chose qu'il nous a

demandée, c'est ce qu'il

appelait, lui, la bible.


GAÉTAN DELORME

Je me sentais un peu comme à

l'école. Tu sais, on te demande :

«Écris, mets par écrit», pas

seulement «Parle-moi z'en».


FRANCINE FRIGON

Non.


GAÉTAN DELORME

Mais «Mets par écrit ton mode

de vie, tout ce que tu aimes,

tout ce que tu n'aimes pas,

tout ce que tu fais,

comment tu vis à chaque jour».


FRANCINE FRIGON

Je trouvais ça intéressant

de voir que quelqu'un va

construire ta maison

à partir de ce que tu es toi.

Non, moi, ça m'a rassurée.


GAÉTAN DELORME

C'était le livre de base

à partir duquel

il produisait ses plans.


FRANCINE FRIGON

Et qu'on n'aurait plus

grand-chose à dire.


Ils rient tous les deux.


FRANCINE FRIGON

Donc, il nous avait dit : «C'est

très, très important ce que vous

êtes en train de faire parce que

là, vous avez droit de parole.

Vous pouvez dire tout ce que

vous voulez, demandez. Mais

ensuite, c'est moi qui décide.»


GAÉTAN DELORME

Et...


FRANCINE FRIGON rit à nouveau.


GAÉTAN DELORME

Et il a été fidèle à ses paroles

parce qu'une fois qu'il a

produit son premier plan,

la première version, on a

réussi à faire faire à

Monsieur D'Astous

deux changements.


Un plan global de la maison est présenté, suivi de croquis des différentes parties.


GAÉTAN DELORME (Narrateur)

Après ça, on travaillait

la maison section par

section à l'intérieur.

«Je vais essayer de rassembler

tout ce que j'ai fait dans toutes

mes maisons et les mettre dans

cette maison-ci. Je vais faire

ma maison que j'aurais toujours

voulu faire.»

C'est ce qu'il nous a dit.


L'extérieur de la maison est présenté. Celle-ci est construite dans la pente d'un sous-bois, avec certaines parties de toit plates et la partie centrale surélevée avec un toit en pente. D'un côté, les murs sont en bois, percés d'étroites fenêtres.


Texte narratif :
Résidence Frigon-Delorme Lac Memphrémagog 1998


Une grande baie vitrée donne sur une terrasse au-dessus du lac.


GAÉTAN DELORME

On a été invités pour la remise

des plans finaux à l'appartement

de Monsieur et Madame

D'Astous à Laval.

Et c'était la fête. Le grand

buffet, le champagne, la joie

de vivre. Tout le monde riait.

C'était une cérémonie parce

que les plans, on les

connaissait, on les avait

vus, mais c'était cérémonial.

Après nous avoir remis

les plans, toujours verre

de champagne à la main, il nous

présente, sur une tablette,

une urne qu'il avait dessinée.

Et là, il nous a dit : «Bien,

cette urne-là, c'est mon urne.»

Et puis on a dit : «Ouais,

vous vous prenez d'avance.»


FRANCINE FRIGON

(Émue)

Il savait presque

la date de sa mort. Il nous

l'a appris à ce moment-là.


GAÉTAN DELORME

(Ému)

On n'a pas revu

Monsieur D'Astous.

Il est tombé malade très

rapidement après la rencontre,

très sérieusement malade

à l'hôpital et est décédé

dans les deux semaines.


La maison est présentée sous différents angles.


MARC-OLIVER D'ASTOUS (Narrateur)

Il va nous dire : «Avant d'être

né, est-ce que j'ai souffert,

est-ce que je souffrais?

J'ai-tu un souvenir négatif

de ça, de ce moment-là avant

d'être venu au monde?»

Finalement, non. Alors,

pour lui, il retournait

comme ça dans la grande paix,

dans la grande quiétude.


Générique de fermeture

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